dimanche 4 septembre 2022

Editorial: Assainir, assainir

 Les mêmes scènes se répètent chaque hivernage. Invariablement. À chaque pluie qui s’abat sur la capitale, les rues se gorgent d’eau qui finit par s’infiltrer jusque dans les maisons, rendant chaotique le déplacement des voitures et des piétons. Des mares se forment un peu partout, lies nauséabondes, lits de moustiques et autres bestioles tout aussi nuisibles...Avec les fortes précipitations successives qu’a connues Nouakchott cette année, la situation est plus que jamais invivable, particulièrement à Dar Naïm, Sebkha et El Mina où, délogées par les eaux, des familles entières sont obligées de quitter leur maison. Même Tevragh Zeïna, le quartier chic où une société chinoise avait installé, il y a quelques années, un système d’évacuation des eaux de pluie, n’a pas été épargné. Ses rues sont gavées d’eau et, en dehors des axes principaux, il est impossible de s’y déplacer.

Jusqu’à quand continuerons-nous à vivre un tel calvaire ? Jusqu’à quand la pluie, ailleurs bénédiction, restera-t-elle malédiction pour nous ?Est-il quelque part écrit que Nouakchott ne sera jamais une ville ordinaire dotée d’un système ordinaire d’évacuation des eaux usées ? Pourtant l’ancien Nouakchott, celui que les fondateurs avaient construit, était doté d’égouts. Mais l’improvisation et l’anarchie qui ont prévalu après 1978 ont fait pousser les nouvelles habitations comme des champignons sans le minimum d’infrastructures. Avec le résultat qu’on vit actuellement. Prix d’une viscérale inconséquence nationale, boulet du chacun pour soi, avec le bout du nez en seul horizon ? Si l’on veut vraiment assainir nos rues, commençons donc par assainir nos neurones…

                                                                   Ahmed ould Cheikh

dimanche 21 août 2022

Editorial: Juste un répit

 Ils étaient tous là, en ce vendredi 5 Août à l’ancien Palais des congrès. Parés de leurs plus beaux atours dans un spectacle déjà vu par le passé. Ils, c’est-à-dire les partis dits de la majorité présidentielle qui battaient le rappel de leurs troupes pour célébrer le troisième anniversaire de l’arrivée au pouvoir du président Ghazwani. Une arrivée, on s’en souvient tous, dans des conditions si chaotiques que le fils des marabouts pouvait symboliser l’espoir de rompre avec une période sombre de notre histoire. Son discours de campagne avait fini de convaincre les plus sceptiques que le profil de l’homme tranchait nettement avec celui qu’il allait remplacer à la tête du pays. Calme, pondéré, capable d’écoute, il était à mille lieues du caractère impulsif et fougueux de son ami de quarante ans. Sa nature l’a-t-elle desservi ? L’a-t-elle empêché, une fois aux affaires, de donner le coup de pied dans la fourmilière que tout le monde attendait ? Procédant par changements à doses homéopathiques, il n’a pas tardé à être confronté à d’innombrables difficultés. D’abord la situation économique difficile dont il avait hérité et qu’il fallait gérer au plus vite. Ensuite la crise du Covid 19, celle économique et tout aussi mondiale qui en a résulté et, enfin, les conséquences de la guerre en Ukraine. Faire face à tous ces défis en trois ans et s’en sortir sans sortir sans trop de casse est une gageure. Ghazwani l’a réussie. Il faut le lui reconnaître. Mais cela ne le disculpe pas pour autant. Il n’est donc question que de répit. Le peuple est à bout. Il est grand temps de s’occuper des grands dossiers, accomplir les profondes réformes dont le pays a besoin, choisir les hommes qu’il faut hors de toute autre considération que la compétence et l’intégrité…Oser enfin le changement.

 

                                          Ahmed Ould Cheikh

dimanche 7 août 2022

Editorial: Loups gras, faméliques dindons

 2 Août 2019- 2 Août 2022, voilà trois ans qu’une page sombre de notre histoire a été tournée avec le départ d’Ould Abdel Aziz et l’arrivée de Ghazwani au pouvoir. Après une décennie de gabegie, de prévarications et de détournements de deniers publics comme le pays n’en a jamais connus auparavant. Dix ans de népotisme, de pillage à ciel ouvert, de favoritisme à peine voilé. Une période qu’au  final personne n’a regrettée. Le rapport de la Commission d’enquête parlementaire donnera d’ailleurs une idée – pas si approfondie que ça, disent certains – de l’ampleur du casse auquel ce pauvre pays a été soumis au cours de cette étape. Mais, trois ans plus tard et malgré les arrestations, les déclarations de bonnes intentions, les contrôles judiciaires, les milliers d’heures d’interrogatoires et les preuves, accablantes, aucun procès ne s’est encore tenu et le Trésor public n’a récupéré aucune ouguiya. Les liquidités, les biens, meubles et immeubles sont dit-on, sous séquestre… en attendant que la justice tranche. En tout état de cause, l’opinion semble se lasser d’un processus dont elle ne voit pas le bout et commence à craindre qu’elle ne se retrouve, une fois de plus, le dindon de la farce. Occupée qu’elle est par les soucis du quotidien – hausse des prix des produits alimentaires et du transport qui la saigne aux quatre veines – elle a sans doute d’autres chats à fouetter que de s’occuper de ces affaires de « grands » qui, comme beaucoup d’autres, finissent toujours en eau de boudin. Et certes : si les dindons picorent ce qu’ils peuvent, les loups ne se mangent pas entre eux.

                                                      Ahmed Ould Cheikh

dimanche 31 juillet 2022

EDitorial: Une symphonie nationale enfin nôtre?

 Que nous annoncent les récentes réactions populaires à l’augmentation brutale des prix à la pompe et, surtout, du doublement du coût des trajets en taxi ? Certains s’acharnent à ne vouloir y voir que des manipulations politiques à l’approche des élections. Mais le ras-le-bol est réel et la fameuse goutte d’eau que j’évoquais la semaine dernière paraît bel et bien d’actualité. Et cette éventualité se renforce avec l’étonnante décision de ramener le prix du pain à 100 MRO, au lendemain même de celle l’augmentant de 20 MRO : La peur est là, on frôle à l’évidence le bord du gouffre.

Le péril s’augmente des débats autour de la réforme de l’Éducation. Les résultats du bac ont clairement démontré que la langue française est en passe d’être bannie de l’enseignement, à tout le moins réduite à la portion congrue. Les élèves de la Vallée en font les frais. Une situation qui amplifie les déséquilibres dans la représentation des différentes ethnies du pays dans l’élite nationale. Même en admettant que le pouvoir ait réellement la volonté d’assurer désormais le développement de toutes nos langues nationales– cela reste à prouver – dans combien d’années cela se traduira-t-il par une augmentation substantielle du nombre de bacheliers négro-mauritaniens ? 

Quelles mesures entre temps auront-elles su apaiser les vieilles tensions exacerbées par une conjoncture mondiale si pénible au budget des communautés défavorisées, ethniques et statutaires ? Parier sur une embellie internationale ne doit pas être une option. C’est à nous-mêmes d’entreprendre enfin la guérison de nos plaies bêtement entretenues, voire stupidement portées, depuis l’accession des militaires au pouvoir. La survie de notre démocratie, de notre nation même, est en jeu. L’heure est réellement d’importance cruciale. Unissons-nous à composer enfin notre symphonie nationale ! 

 

                                                                        Ahmed ould Cheikh

samedi 23 juillet 2022

Editorial: On attend quelle goutte d'eau?

 800 MRO pour aller et venir, « tout-droit », entre Toujounine et BMD ! Soit 17 500 MRO/mois pour un banlieusard travaillant cinq jours sur sept en centre-ville… Le budget « déplacements » des petites bourses vient de prendre  un sérieux coup – fatal ? – dans l’aile, après ceux, répétitifs, portés à la rubrique « alimentation » (notamment avec le prix du litre d’huile doublé en deux ans !). Avec un SMIG toujours scotché à 30 000 MRO/mois, on va où, là ? 58% de ce SMIG en frais de déplacements, il en faudrait combien, de cette paye de misère, pour loger, nourrir et habiller femme et enfants, devoirs fondamentaux de tout père de famille musulmane, au demeurant citoyen lambda de toute république affichée islamique ? Quatre ou cinq, soit 160 à 200 heures de boulot par semaine, alors que celle-ci n’en comptera jamais plus de 168 (7x24) ? « La Mauritanie n’est pas en crise », clamait, il y a peu, le chef de son État censé les administrer, elle et ses principes. Vu du Palais gris et des trompe-l’œil statistiques, cela peut paraître évident. D’autant plus que nos gouvernants n’ont besoin d’aucune pierre pour tromper le creux de leur ventre. Mais les pierres ont également cette capacité de voler, parfois, pour rappeler à ceux-là que la réalité existe aussi au dehors des palais et des indices économiques savants… On attend quelle goutte d’eau ?

                                            Ahmed Ould Cheikh

vendredi 15 juillet 2022

Editorial: Gâchis, encore et toujours..

 Faut-il en rire ou en pleurer ? La situation n’est en tout cas ni reluisante ni encore moins amusante. Le ministre des Affaires économiques vient de jeter un énorme pavé dans la mare. Connu pour son intransigeance, ce technocrate averti n’est apparemment pas un adepte de la langue de bois. Il vient de dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas sans jamais oser le dénoncer. Dans une déclaration dont les échos résonnent encore, il a affirmé que « plus de la moitié du portefeuille, soit 55%, est composée de projets subissant des lenteurs dans leur exécution. 47,5 % enregistrent des dépassements d’au moins deux ans par rapport à leur date initiale de clôture, certains allant jusqu’à neuf ans. 26,2 % n’ont fait l’objet d’aucun décaissement plus de douze mois après la signature de leur convention respective de financement et certains n’en ont même connu aucun plus de six ans après ladite signature ; 18,1% enregistrent des taux de décaissement inférieurs à 50% – certains moins de 10% – à moins d’une année de leur date de clôture. » Et le ministre d’enfoncer le clou : « 8,2% n’atteignent pas 10% de taux de décaissement deux ans après la signature de leur convention, certains n’atteignant pas ce chiffre six années après celle-là. »

Une situation qui entraîne des pertes importantes pour le pays en termes de coût financier et de manque à gagner. Mais à qui la faute ? Aux coordinateurs de projets dont le ministre a évoqué les contre-performances ? Ou à ceux qui les ont choisis ? Il y a en tout cas urgence à trouver une solution à un problème qui ne date pas d’hier. Au moment où tous les pays se battent pour obtenir des financements, le nôtre se permet de gaspiller des occasions d’en absorber. Il suffit juste de faire preuve d’un peu de compétence. Serait-ce trop demander ?

                                                       Ahmed ould Cheikh

dimanche 3 juillet 2022

Editorial: Torrent de boue

 Le ministre de l’Intérieur l’a dit la semaine dernière devant l’Assemblée nationale… mais on le savait déjà :il y a trop de partis politiques en Mauritanie. Comme il y a trop d’ONG, trop de journaux, trop de sites Web. L’exagération à l’état pur. Chaque fois qu’une brèche est ouverte, tout le monde s’y engouffre. Répondant à une question orale d’un député, le premier flic du pays a essayé d’expliquer, méthodiquement, qu’un pays de quatre millions d’habitants ne peut pas « absorber » autant de partis politiques (plus de cent dont près de soixante-dix dissous il y a trois ans pour n’avoir pas obtenu le seuil minimum lors des dernières élections mais qui refusent de ‘’mourir’’ !). Si l’on y ajoute les quatre-vingt nouveaux dont les demandes ont déjà été officiellement déposées, il y a de quoi avoir le tournis. Quand on sait qu’aux États-Unis, la plus vieille démocratie du Monde, il n’y en a que deux et qu’au Sénégal voisin, à peine une dizaine (dont seulement la moitié a pignon sur rue), il y a de quoi se poser des questions sur notre situation « abracadabrantesque », comme aurait dit Chirac.

Sentant que les journaux avaient de l’influence et pouvaient, du coup, orienter l’opinion, le pouvoir d’Ould Taya décida, en son temps, d’ouvrir les vannes du ministère de l’Intérieur, autorisant ces media par centaines. Cela sonna le glas de la presse, devenue un véritable panier à crabes, discréditée pour longtemps. Seuls quelques titres – mais certains ne tardèrent pas à lâcher prise – réussirent à survivre dans ce torrent de boue. Comme pour les partis politiques et les ONG, victimes eux aussi de ce laisser-aller, la presse continue de payer un lourd tribut à cette incurie. Et, au vu de ce qui se passe, n’est toujours pas près de sortir de l’auberge…

                                                           Ahmed ould Cheikh