dimanche 19 juillet 2020

Editorial: Une rature de plus

Samedi 11 Juillet, les Mauritaniens se sont réveillés avec une énorme gueule de bois. La Haute Cour de Justice qui devait juger l’ex-Président Ould Abdel Aziz, dont le processus de mise en place était déjà lancé et sur laquelle l’Assemblée nationale devait statuer le 13 courant, a été subitement bloquée. Vous savez par qui ? Par la commission Justice et Intérieur de ladite Assemblée qui a trouvé, tenez-vous bien, le délai insuffisant pour « bien préparer » le texte. Ça ne s’invente pas. Alors qu’on croyait la machine bien lancée, tout s’effondre en quelques heures. La désillusion est à la mesure de l’espoir qu’avait suscité la mise en place de la CEP. Les groupes parlementaires de l’opposition qui l’avaient initiée et restaient en contact permanent avec la Majorité tombent des nues. La mesure a été prise sans les concerter, après une réunion du groupe parlementaire l’UPR dont est issue l’écrasante majorité des membres de la Commission. Un geste pour le moins inamical et l’opposition n’a pas manqué de le faire savoir.
Jusqu’où va continuer cette mascarade ? C’est la question sur toutes les lèvres. Le gouvernement va-t-il revenir sur cette décision dont l’impopularité est la moins contestable des qualités ? Ould Abdel Aziz sera-t-il jugé par une juridiction ordinaire, étant redevenu un justiciable (très) ordinaire ? La pression combinée de l’opposition et de l’opinion publique fera-t-elle revenir le processus sur les rails ? Il y a urgence à tourner une page dont les ratures continuent d’empêtrer le quotidien des gens.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                 AOC

Editorial: Haute trahison

L’étau se resserre autour de l’ex-président Ould Abdel Aziz. Convoqué cette semaine par la Commission d’enquête parlementaire qui a déjà entendu ses trois Premiers ministres et plusieurs membres de son gouvernement, il aura fort à faire pour se justifier, ses anciens collaborateurs l’ayant tous accablé. Ils ont reconnu unanimement que dans tous les dossiers sulfureux pour lesquels ils ont été convoqués, les ordres venaient directement de lui. ¨Pour ces crimes économiques, il risque donc, au bas mot, une Haute cour de justice dont le processus de fondation vient d’être enclenché par l’Assemblée nationale. S’ils sont assimilés à une haute trahison… et il y a de fortes chances qu’ils le soient, tant leur gravité dépasse l’entendement. Sinon, une autre affaire pourrait constituer pain béni pour les parlementaires. Haute trahison signifiant, en vertu de l’article 93 de la Constitution, notamment “ abandon total ou partiel de la souveraineté ”, la proposition de cession, à l’émir du Qatar, d’une île à côté du banc d’Arguin, à environ cent kilomètres au Nord de Nouakchott, pose en effet problème. Avancée directement par l’ex-Président lui-même lors d’une entrevue accordée à l’ambassadeur du Qatar à Nouakchott, l’offre fut automatiquement répercutée à Doha. Prudent, l‘émir du Qatar la déclina poliment, en ne donnant aucune suite au courrier du diplomate. Mais l’initiative du Président mauritanien alors en exercice constitue-t-elle ou non un abandon de souveraineté ? La commission serait bien inspirée de poser la question à celui qui s’engagea à donner quelque chose qui ne lui appartenait pas, sans même chercher à obtenir l’aval des représentants attitrés (les parlementaires) du propriétaire (le peuple souverain du territoire mauritanien).    
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  AOC

dimanche 5 juillet 2020

Editorial: Imminents règlements de compte

L’image a fait le tour du Monde. Elle est révélatrice à plus d’un titre : Ahmed Ouyahya, deux fois Premier ministre d’Algérie, ancien président du parti au pouvoir et apparatchik du régime des généraux, arrive, menottes aux poignets et encadré par plusieurs policiers, à l’enterrement de son frère. Depuis quelques mois, la « grande lessive » menée par le pouvoir algérien a envoyé derrière les barreaux plusieurs  (anciens) responsables et hommes d’affaires accusés d’avoir pillé sans vergogne les ressources de leur pays. L’opération, une des principales revendications du « hirak » qui a secoué la rue plusieurs mois durant, a été favorablement accueillie par une opinion publique lassée de voir un État riche se faire dépecer quotidiennement par ceux-là mêmes qui devaient servir et non se servir. Tout comme la Mauritanie au cours de la dernière décennie. Mais nous n’en sommes encore, chez nous, qu’aux premiers balbutiements d’un tel assainissement. Contrairement aux Algériens qui ont pris le taureau par les cornes, sans s’embarrasser d’une commission d’enquête parlementaire. Ici comme ailleurs, ceux qui étaient aux affaires et qui ont pillé le pays sont connus, tout comme les hommes et les femmes qui gravitaient autour d’eux. Il suffisait juste de les interpeller et de leur demander des comptes. Quoi qu’il en soit, l’heure des comptes a sonné. L’enquête a atteint un point de non-retour. Le pays ne peut plus se permettre de faire l’économie d’une opération « mains propres » que tout un chacun appelle de ses vœux. Il est temps que la page de l’impunité soit tournée pour de bon. Et les comptes apurés.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    AOC

dimanche 28 juin 2020

Editorial: Impuissance?

Biram est rentré la semaine dernière au pays. Frais émoulu après plus de trois mois de confinement en Europe. Et ne s’est pas fait prier pour dire tout haut ce que le reste de l’opposition pense tout bas : il est temps pour le pouvoir de se ressaisir. Presqu’un an d’exercice et ses promesses de normaliser la scène politique, en autorisant les organisations et les partis non reconnus, n’ont connu aucun début d’exécution. Pire, les symboles de la décennie honnie sont encore aux premières loges, gouvernails de l’économie en mains : fer, pétrole, gaz et énergie ; alors que le pays pensait avoir tourné pour de bon la sombre page. Ceux qui le narguaient hier, privilégiant les intérêts d’un clan au détriment de ceux du peuple, et dont les noms sont quotidiennement cités dans des dossiers sulfureux, marchés douteux et malversations en tout genre, sont maintenus contre toute logique en des postes sensibles. Comme si le pays ne pouvait pas se passer de ces (in)compétences ! Biram l’a dit, le peuple le répète à longueur de journée : cette situation est intenable ! Les grandes réformes passent d’abord par les hommes qui vont les mettre en valeur et ce n’est pas avec du vieux pourri jusqu’à la moelle qu’on pourra faire du neuf. Le rapport de la commission d’enquête parlementaire qui sera rendu dans quelques semaines sera-t-il le déclic susceptible de séparer enfin le bon grain de l’ivraie ? Prions que la montagne n’accouche pas d’une souris… qui serait évidemment impuissante à contenir le flot grandissant des amertumes populaires.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           AOC

samedi 20 juin 2020

Editorial: Au boulot citoyens!

Il y a quelques jours, un jeune entrepreneur, parmi les rares qui croient encore en quelque chose dans ce pays, entre en contact avec un grand groupe français qu’il veut entraîner en Mauritanie pour y investir ou participer à des appels d’offres. Les contacts sont établis, le partenariat pratiquement scellé et les premiers marchés ciblés. Mais patatras ! Tout s’effondre en une matinée. Les principaux actionnaires du groupe français – des américains – ne veulent pas entendre parler de la Mauritanie. Un pays où, selon eux, « les appels d’offres sont biaisés, les marchés carabinés, la concurrence hors jeu respectée et la justice ne constitue  pas un recours. » Le bonhomme tombe des nues. Il avait cru un peu hâtivement à la chanson que nous chantaient, il n’y a pas longtemps, Ould Djay et ses amis, comme quoi le pays a fait un bond dans le classement Doing Business, code des investissements toiletté pour le rendre plus incitatif, guichet unique institué pour faciliter les démarches des investisseurs étrangers et tout un tintamarre qui, confronté à la réalité, n’était, en fait, que du pipeau. Au cours de la dernière décennie, qui n’appartenait pas au « clan » ne pouvait prétendre à un marché important et les rares qui parvinrent à déroger à la règle furent obligés de s’associer à quelque de celui-là pour contourner des blocages qui désespérèrent plus d’un.
La mésaventure dudit jeune homme n’est qu’un cas parmi tant d’autres. Le pays récolte ainsi les fruits de onze ans de gabegie, laisser-aller, injustices, inégalité des chances et incurie. L’urgence ? Nettoyer nos écuries d’Augias, mettre de l’ordre dans la maison : c’est à cela que s’emploie la CEP et que devra entériner une justice effectivement rendue à son indépendance. Mais il y a plus : ce n’est pas seulement en notre administration qu’il faut mettre de l’ordre, c’est en chacun nous, toi, moi, nous tous : classer nos priorités, respecter nos engagements, contraindre notre opportunisme à nos principes – et non plus le contraire, comme c’est devenu le quotidien banal de tant de Mauritaniens… Nous avons tous du pain sur la planche : au boulot, citoyen !
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               AOC

dimanche 14 juin 2020

Editorial: Bien mal acquis

Depuis quelques semaines, des tracts et vocaux, dont l’origine est évidemment bien connue, circulent à grande vitesse sur les réseaux sociaux. On y attaque pêle-mêle des opposants, des cadres en rupture de ban avec l’ancien régime (après l’avoir copieusement servi), des hommes d’affaires évoluant en dehors du sérail... Pas un traître mot sur ceux (dont certains encore aux affaires) dont les noms sont associés aux plus grandes malversations que le pays a subies dans la dernière décennie. Objectif avoué de cette campagne dotée de gros moyens : allumer un contre-feu, détourner, ne serait-ce qu’un moment, l’attention de l’opinion publique du travail que mène actuellement la commission parlementaire, tenter d’incruster dans les esprits que cette dernière fait fausse route et que son travail serait incomplet si d’autres « prévaricateurs » n’étaient pas appelés à la barre.
Un combat d’arrière-garde perdu d’avance. Déjà assez avancée dans ses dossiers, la commission vient d’engager des experts étrangers pour l’aider à décrypter clairement un imbroglio dont la seule finalité était de faire main basse, par tous les moyens, sur les ressources de notre pauvre pays. Rien n’échappa, en effet, à la boulimie d’un clan vorace. Mais ce que les chantres d’un passé révolu feignent d’oublier, c’est que la roue tourne. Messieurs-dames, il ne vous reste qu’à coopérer et à rendre les biens spoliés. Game over, comme disent les Américains. Avec cette inéluctable sentence si justement remarquée par le célèbre adage français : « Bien mal acquis ne profite jamais »…
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  AOC

Editorial: Gangrène

L’opposition est enfin sortie de sa torpeur. Pour élever un peu la voix dans un communiqué apportant soutien à la commission d’enquête parlementaire qui « fait face à une pernicieuse et malveillante campagne de dénigrement, mettant en cause sa crédibilité ». Une campagne menée, selon l’opposition, par des « symboles de la gabegie et de la mal-gouvernance toujours présentes dans les hautes sphères de l'État » et dont elle dénonce le maintien. Le mot est lancé. C’est la première fois depuis l’élection du nouveau régime que l’opposition jette ce pavé dans la mare. Ménageant jusqu’à présent un pouvoir qui lui rendait la pareille, elle critiquait à fleuret plus ou moins moucheté, en prenant un maximum de précautions. Le président de la République, qui manifestait à ses leaders les plus grands égards, bénéficiait en outre d’une période de grâce. Celle-ci tire apparemment vers sa fin. L’opposition l’a dit, la majorité le pense et le reste du pays ne comprend toujours pas : comment des responsables, dont les noms sont cités quotidiennement dans les colonnes de la presse, preuves à l’appui, pour malversations, pratiques dolosives, marchés frauduleux et autres complaisances, peuvent-ils être maintenus à des postes stratégiques de la plus haute importance ? Au début, on pensait naïvement qu’il ne s’agissait que d’une question de semaines ou de mois, tout au plus. Le temps que le nouveau pouvoir s’installe, prenne ses marques et évite surtout de se faire d’un coup beaucoup d’ennemis dont certains ont encore une grande capacité de nuisance. Et détiennent par devers eux de fort sensibles dossiers. Mais le début perdure et la gangrène progresse… Jusqu’à quand ?
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          AOC