dimanche 9 juin 2019

Editorial; No future?

Une nouvelle fois, le régime fait parler de lui. En mal. Une opération de bradage d’une partie du patrimoine minier de la SNIM serait en cours. Si elle n’est pas déjà conclue, en catimini. La nouvelle fait sensation depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux et les organes de presse. Le dernier bastion, qui échappait encore à la boulimie du clan (même si une grande partie de ses recettes, lors des années fastes, a déjà pris des chemins détournés), est en train de tomber. Après la pêche, cédée à une holding chinoise, dans une totale opacité ; l’aéroport de Nouakchott, dont la gestion est désormais confiée à une obscure société émiratie ; le port de l’Amitié qui tombera, dans quelques années, en l’escarcelle d’une entreprise singapourienne, le tout pour 25 ans.  Après les permis de recherche minière dont les plus prometteurs ne sont cédés qu’aux proches ; les quotas de poulpe dont une nouvelle vague vient d’être attribuée ; des zones entières de Nouakchott et de Nouadhibou, nouvellement loties et sur lesquelles « on » a fait main basse ; les marchés en tout genre, dans les domaines de l’électricité, de l’eau ou du BTP : le pays est désormais en coupe réglée. A son départ, dans quelques mois, Ould Abdel Aziz n’aura pas accompli deux mais six mandats successifs, puisque il a engagé le pays pour les vingt prochaines années, dans des opérations dont la rentabilité est pour le moins douteuse. Sauf pour certains. Mais, pour le pays, plus qu’hypothétique, hasardeuse.  Il y a quelques jours, raconte-t-on, le directeur d’un centre de recherches du Golfe rendait visite à un recteur d’une université maghrébine,  pour le renouvellement d’un mémorandum d’entente sur la coopération académique entre les deux institutions, sans aucun engagement financier de l’université en question. Poliment, le directeur s’excuse, au motif que son mandat finissait dans quatre mois et qu’en conséquence, il ne pouvait, pour des raisons d’éthique, signer un document qui engagerait son successeur. Aurions-nous donc si peu d’éthique pour avoir l’outrecuidance d’engager, non seulement, un futur président mais tout un pays, pour 20 à 25 ans, alors que le présent mandat présidentiel touche à sa fin ? En Mauritanie, l’insolence  n’a plus de limite, sitôt que le gain est à portée de main. A quelle fin ? Qu’a récolté le pays, de cette décennie dont on nous chante les résultats ? Jugez par vous-mêmes : dette, 105 % du PIB ; 68% de la population vivant avec moins de 2 dollars par jour ; qualité de l’enseignement, 128ème sur 130 pays ; services de santé, 133ème  sur 136 pays ; taux de chômage des jeunes, 35% ; armée, 129ème  sur 131 pays ; sociétés d’Etat, en faillite ; poids des taxes, 3ème pays au monde ; etc., etc. La culture du bout du nez, de l’immédiateté du profit, de l’opportunité reine était peut-être inscrite dans nos gènes, travaillés par tout un passé de précarité bédouine. Mais, par son avidité insatiable, le régime en a fait une autrement plus implacable loi d’existence, en détruisant, non plus seulement, notre présent mais, aussi, notre avenir.
                                                                                                         Ahmed Ould Cheikh

lundi 20 mai 2019

Editorial: Par évidence...

La brillante sortie, il y a quelques jours, sur une télévision privée, de l’ingénieur Mohamed Saleck ould Heyine, à propos de la situation économique du pays, en général, et celle de  la SNIM, en particulier, en dit long sur le gâchis, les mauvais choix, les investissements inopportuns, l’absence totale de vision et l’incohérence érigée en modèle de gouvernance que le pays subit depuis une décennie. Centrales électriques tournant à vide, lignes haute tension reliant des villes autosuffisantes en énergie, l’usine de sucre de Foum Gleita qui a englouti des milliards, sans produire le moindre kilogramme, celle du lait de Néma ajoutée à la longue liste d’éléphants blancs, l’usine d’assemblage d’avions sans le moindre début d’exécution, malgré les millions de dollars partis en fumée, jusqu’à l’usine des Gulebs 2 qui a coûté plus d’un milliard de dollars et produit moins du quart de ses objectifs initiaux. Mohamed Saleck ould Heyine fut, pendant près de vingt ans, administrateur directeur général de la SNIM et a réussi à la maintenir à flots, loin des contingences politiques : il sait de quoi il parle. Alors que, de son temps, le prix du fer atteignait à peine les 20 dollars, la société faisait face à toutes ses obligations et battait des records de production. A titre de comparaison, la tonne de fer se négociait sur le marché international, entre 2010 et 2014,  autour de 170 dollars, ce qui a permis, à la SNIM, d’engranger des milliards. Mais, telle une cigale si peu prévoyante, elle a tout dilapidé, sur ordre d’un pouvoir boulimique. Une caverne d’Ali Baba où le clan s’est servi sans vergogne, jusqu’à plus soif. Un crime économique qui ne doit pas rester impuni. Ould Heyine n’avait pas de mots pour dénoncer la prédatrice opération qui a fait, de ce fleuron de notre économie, un boulet  risquant, à tout moment, de mettre la clé sous la porte.  Cela fait deux ans que la SNIM n’a pas contribué, d’une seule ouguiya, au budget de l’Etat. Ses créances, auprès des organismes internationaux, commencent à tomber et elle ne peut y faire face. Ses employés, à qui l’on demande sans cesse des sacrifices et qui n’ont pas profité de l’embellie des années fastes (contrairement à d’autres qui n’ont pourtant jamais vu la couleur de la mine), commencent à râler. En grève la semaine passée, ils comptent y retourner, jusqu’à la satisfaction de leurs doléances.
Mais l’OPA sur la SNIM n’est pas le seul crime économique imputable au régime actuel. Une liste de plomb dont trois exemples suffiront à entrevoir le démentiel tonnage : le contrat avec la société chinoise Polyhone Dong, un blanc-seing pour piller impunément nos côtes,  pendant vingt-cinq ans, sans la moindre contrepartie pour le budget de l’Etat ; la cession de l’aéroport de Nouakchott à Afroport, une obscure société émiratie, qui lui permettra d’empocher, rien qu’en handling, plus d’un milliard et demi d’ouguiyas par an, alors qu’elle n’a pas investi le moindre sou. Ce montant devait revenir à la Mauritania Airlines qui risque de voir, du coup, ses difficultés augmenter ; un quai du port de Nouakchott cédé à une société singapourienne, sans appel d’offres, pour y construire un terminal à conteneurs…  A qui profitent ces crimes ? Nul besoin de se prétendre fin limier pour avancer réponse : à ceux qui se sont juré, dix ans durant, de ne jamais rien laisser au… hasard, ce « maladroit qui s’occupe de tout ce qui ne le regarde pas », si l’on en croit Alexandre Dumas… mais qui s’arrange, si bien, au final, pour démonter, preuves à l’appui, ceux qui l’ont trop méprisé.  Ce ne sera donc pas par hasard mais par évidence que s’écroulera le cirque.
                                                                   Ahmed Ould Cheikh

dimanche 5 mai 2019

Editorial; Vols et envols

L’excellent et très approfondi travail d’investigations, mené par le professeur Mohameden ould Meyne, sur les voyages entrepris par Ould Abdel Aziz, de son arrivée au pouvoir au 24 Avril dernier, a de quoi donner le tournis. Celui qui, pour justifier son coup d’Etat de 2008, avait reproché, au président Sidioca, de « voyager beaucoup », se retrouve tout nu devant une telle argumentation : la date des voyages, leur destination, la distance parcourue, la durée des vols, la consommation de kérosène et, même, les émissions de CO². Soit 168 déplacements (annoncés, précise l’auteur)  à l’étranger, 16,8 voyages par an et 1,4 voyage par mois. Soit, environ, 1.400.000 km  (35 fois le tour de la Terre et deux fois la distance entre la lune et notre planète bleue, aller-retour !). A quel coût pour le contribuable ? Plus de six milliards d’anciennes ouguiyas, rien qu’en kérosène ! Sans compter les autres frais : coût d’achat des avions et leur maintenance, frais de mission du personnel, frais d’hôtel,  taxes aéroportuaires et autres « petits détails » inhérents à tout déplacement présidentiel. Résultat des vols : un président qui coûte cher, pollue beaucoup et se déplace, le plus souvent, inutilement. Qui peut bien nous expliquer, par exemple, à quoi  servit le dernier voyage de notre guide éclairé au Swaziland, un pays avec lequel nous n’entretenons aucune relation, de quelque nature que ce soit ? Et en Afrique du Sud, Tanzanie, Azerbaïdjan ou Ouganda,  il y a quelques années, pour ne citer que ceux-là? Par quel miracle tient-il encore la route, alors que la compagnie aérienne nationale (dont il a fait une compagnie privée) est au bord du gouffre et que les caisses de l’Etat sont vides ? Comment peut-on se permettre de dilapider, dans un pays aussi pauvre que le nôtre, autant de ressources en voyages aussi inutiles que coûteux ? Dès son accession au pouvoir en 2015, le président tanzanien John Magufuli interdit, systématiquement, aux ministres et hauts fonctionnaires, de voyager en première classe. Lui-même ne se déplace qu’en avion de ligne, pour ses voyages à l’étranger. Considérant, à juste titre, que les ressources du pays doivent être orientées vers quelque chose de plus utile, il donne l’exemple. Feu Mokhtar ould Daddah, qui ne voyageait qu’en cas de nécessité, avait son propre avion, offert par le président gabonais, et versait automatiquement, au Trésor Public, tous les dons qui lui étaient généreusement attribués par ses pairs. On est très loin de l’actuel président tanzanien et du père de notre Nation que Mohamed Ali Chérif, un de ses plus proches collaborateurs, n’hésita pas à comparer à Oumar ibn Abdel Aziz, le khalife le plus honnête que le monde musulman ait connu, depuis la disparition du Prophète (PBL). Ould Abdel Aziz ne rate, lui, aucune occasion, s’il ne la fabrique pas, de prendre le premier avion de la MAI (quitte à laisser des passagers en rade en tel ou tel aéroport étranger), pour aller inaugurer des chrysanthèmes, assister à une fête nationale ou un anniversaire, voire négocier une dette qui, finalement, n’aura pas été allégée d’un dollar.
N’aurait-il pas été plus rentable, économiquement parlant, de lui acheter ou lui louer, en permanence, un petit avion, pour ses déplacements, normaux et intempestifs ? Ou, plus efficacement encore, de lui rappeler que toute élévation commence, d’abord, par bien garder les pieds sur terre ? Il y aurait, probablement, gagné une estime populaire qu’il se croit, dans les nuages, bien à tort acquise, comme l’après 22 Juin se chargera de le lui démontrer. Il y aurait, en tout cas et plus certainement, soulagé beaucoup de misères de son peuple, en investissant, au ras des dunes et des marigots, tous ces milliards envolés en pure perte…
                                                                                                               Ahmed ould Cheikh

dimanche 14 avril 2019

Editorial: La lune dans le caniveau

La scène est surréaliste. Les réseaux sociaux s’en sont donné à cœur joie. En quelques heures, elle a fait le tour du Web... mauritanien. Lors de l’accueil du candidat Ould Ghazwani à Guérou, deux jeunes hommes en viennent aux mains, sous les tentes dressées pour la circonstance. Ils échangent quelques coups avant qu’on ne parvienne, difficilement, à les séparer. Les deux malabars  sont de ces tendances politiques rivales qui déchirent la ville et avaient, apparemment, de vieux comptes à régler. L’organisation du meeting, l’arrivée du candidat et son accueil ont fini d’exacerber les tensions. Chacun voulant tirer la couverture à lui et se donner ainsi le beau rôle, au cas où Ghazwani réussisse à glaner la majorité des suffrages mauritaniens.
Quoique l’image soit des plus déplorables, n’accablons pas Guérou. Toutes les villes qui ont accueilli (ou accueilleront) le candidat étaient (et seront) des Guérous. Et toutes se sont employées (et s’emploieront), à donner, à la flagornerie et à la bassesse, leurs lettres de vulgarité. Des initiatives de soutien – familiales, s’il vous plaît ! – ont poussé comme des champignons, cadres dirigeants et intellectuels rivalisant d’ardeur, dans le lèche-bottisme, hommes d’affaires et politiques en rupture de ban se disputant les premières loges. Si bien que le candidat lui-même est apparu, à plusieurs reprises, perdu. Cerné de toutes parts, il éprouve toutes les peines du monde à prononcer son discours. Foule bruyante, sans sécurité ni protocole pour l’encadrer. Mais le programme est chargé, avec juste deux heures, trois tout au plus, à consacrer à chaque moughataa : il faut donc transiger et effectuer l’étape au pas de charge. Le discours est programmé, il faut le prononcer, quitte à ne pas être audible. La prochaine étape ne peut attendre. Bravant la chaleur, la poussière, la fatigue et la désorganisation des accueils, voilà le candidat bien au parfum de ce qui l’attend, s’il est élu.
C’est systématique, depuis la nuit de la République : chaque fois qu’un président ou potentiel président est annoncé à l’intérieur du pays, on bat le rappel des troupes. La population locale est envahie. Ceux des natifs de la ville qui l’ont abandonnée, depuis belle lurette,  reviennent en force. « Moi devant ! » semble le non-dit le plus partagé, par tous ces assoiffés d’image, comme pour suggérer, à l’illustre hôte, que tout va bien, dans ce coin perdu. Voitures de luxe, ventres bedonnants et embonpoints prononcés, cette garde de circonstance fait écran, entre le président et une réalité souvent amère. Et de se targuer « grands électeurs », dans l’espoir de vendre un électorat fictif. Incessant manège, devant l’avènement de notre « démocratie » bizarre. Et, au vu de ce qu’on a vu au cours des derniers jours, on n’est pas prêt de sortir de l’auberge.  Ould Ghazwani est averti : s’il ne veut pas courir à grandes désillusions, il lui faudra nettoyer – et vite… – le terrain : le peuple en a assez d’être systématiquement pris pour l’éternel dindon d’une farce de mauvais goût. Ces dix dernières années l’ont tellement épuisé qu’il ne sait plus à quel « saint » se vouer ni qui faut-il croire. Un certain « Président des pauvres » avait promis la lune : il l’aura tant traînée dans les caniveaux que d’aucuns désespèrent de jamais la revoir en sortir. Et quand le désespoir s’y met…
                                                                                      Ahmed Ould Cheikh

dimanche 31 mars 2019

Editorial: Il est où, le bout du tunnel ?

Deux blogueurs sont en garde à vue. Arrêtés vendredi dernier à midi, pour que le week-end passé entre les mains de la police chargée de la répression des crimes économiques ne soit pas comptabilisé, dans le délai légal de 48 heures, renouvelable, fixé à telle garde. Ils resteront donc encore lundi  et mardi, à la direction de la Sûreté, sauf si la police juge utile de les garder encore deux autres jours. Ce qui est plus que probable puisqu’il s’agit de faire payer, à ces deux lanceurs d’alerte, leur témérité. Ils ont pourtant été déjà entendus, en cette affaire de milliards de dollars réputés gelés aux Emirats arabes unis, sur injonction de l’oncle Sam.  Mais de quoi sont-ils accusés, nos blogueurs ? D’avoir insinué, sur leur page Facebook, que beaucoup d’argent « n’appartenant à personne » (sic !) aurait été gelé, récemment, aux E.A.U, sur demande pressante des U.S .A. Et qu’un membre du « clan » aurait été alpagué, par les services émiratis,  et interrogé sur des déplacements répétés et inexpliqués, entre ici et là-bas, ainsi que sur l’origine « douteuse » de certains fonds. Les Américains, ont laissé entendre les deux blogueurs, seraient désormais très pointilleux lorsqu’il s’agit de virements vers ou à partir de la Mauritanie.
Il n’en fallait pas plus pour susciter l’ire présidentielle. Interrogé sur cette affaire, lors de son inutile sortie à une réunion  du comité chargé de gérer, provisoirement, l’UPR, Ould Abdel Aziz a jugé sans objet de la démentir, « personne ne (le) croira ». Aurait-il oublié qu’il est notre Président et qu’il doit être cru sur parole ? Il lui suffit juste de rester au-dessus de la mêlée. Ce qui, par les temps qui courent, n’est apparemment pas très aisé. Cela dit, négliger de démentir ne signifie pas se désintéresser. Pour preuve, dès le lendemain, avec un branlebas de combat à péter le feu. L’alerte est donnée. Les deux blogueurs et deux journalistes sont convoqués par la police économique, sommés de dévoiler leurs sources. Si les journalistes sont vite libérés, c’est au défi de  toute logique, alors qu’ils ne sont pas cités comme témoins et qu’aucune charge ne pèse encore contre eux, que Cheikh ould Jiddou et Abderrahmane ould Weddady sont priés de donner leur passeport et carte d’identité. Une mesure qui ne peut intervenir, normalement, qu’en cas de contrôle judiciaire ordonné par un juge. Comme dans l’affaire Ould Ghadda où des sénateurs, des journalistes et des syndicalistes furent traînés en justice, tout simplement parce que certains d’entre eux avaient bénéficié de la générosité d’un mécène, le pouvoir (ab)use encore de ses pouvoirs.
Dans un cas comme dans l’autre, c’est d’argent qu’il s’agit. Mais quoi, notre guide éclairé aurait-il des problèmes avec la thune ? Pourquoi, malgré les multiples outrages dont il a été l’objet, n’a-t-il jamais porté plainte contre quiconque ? Il doit bien avoir une susceptibilité, quelque part. Un bon psychologue ne serait pas de trop, pour nous expliquer cette relation si particulière à l’argent. L’évoquer le rend-il à ce point furieux qu’il ne s’embarrasse plus d’aucune procédure, quitte  à écorner, un peu plus, l’image d’un pays plusieurs fois épinglé par les organisations des Droits de l’Homme ? Et ce n’est pas le refoulement à l’aéroport de Nouakchott, la semaine dernière, d’une délégation d’Amnesty International qui redorera un blason terni par ce genre de pratiques. L’ouverture par la justice de dossiers vides, le placement sous contrôle judiciaire pour des raisons futiles, la convocation devant les juges pour intimider, la mise au secret, autant de manœuvres dilatoires qui portent préjudice à un pays censé démocratique. Mais la démocratie, ce n’est pas seulement une presse libre et des élections organisées, de temps à autre, mais un état d’esprit, des procédures, des lois et des institutions à respecter ; un exécutif responsable, n’empiétant pas sur les autres pouvoirs, une justice véritablement indépendante et un pouvoir législatif jouant son rôle sans complaisance. A y voir de près, on en est encore loin. Jusqu’à quand resterons-nous les derniers de la classe ? Vingt-huit ans que nous nous battons pour l’avènement d’une vraie démocratie, nos efforts n’ont-ils finalement abouti à rien ? On ne voit toujours pas le bout du tunnel et il est fort à craindre que cela dure encore longtemps.
                                                                     Ahmed Ould Cheikh

dimanche 17 mars 2019

Editorial: Boucles de bourdes

On l’avait peut-être enterré un peu tôt. Ould Abdel Aziz renaît, tel le phénix, de ses cendres. Depuis le communiqué, publié en catastrophe depuis les Emirats, où il demandait, aux députés, d’arrêter l’initiative visant à modifier la Constitution pour lui permettre de briguer un troisième mandat, notre guide éclairé faisait profil bas. Jusqu’à sa dernière sortie, à l’occasion de l’inauguration de quelques kilomètres de route bitumée, où le revoilà à s’emporter devant un journaliste lui demandant s’il présentait, effectivement, Ould Ghazwani à la future présidentielle. « Je ne l’ai pas présenté, il se présente lui-même », s’agace-t-il, sur un ton désinvolte, comme pour signifier qu’il en a assez de cette situation. La vidéo fait le tour du Web en quelques minutes. Les réseaux sociaux s’en emparent. La presse en fait ses (feuilles de) choux gras. Perceptible malaise. Sentant, après coup, la maladresse commise que « son » candidat risque de n’apprécier que très modérément, Ould Abdel Aziz cherchait une occasion de « se racheter ». Profitant d’une visite de l’UPR, pour assister à la réunion de la commission mise en place, à l’issue de son dernier congrès, pour assurer la gérance du parti, en attendant la désignation de ses prochains dirigeants, il est revenu sur ses déclarations de l’avant-veille. Exactement comme feu Ely ould Mohamed Vall, alors chef de l’Etat, déclarant, en 2006, devant un palais des Congrès médusé, que, pour la continuité de la Transition, il suffisait, aux Mauritaniens, de voter blanc à la présidentielle. La déclaration avait fait l’effet d’une bombe et les militaires, qui géraient le pays avaient failli en venir aux mains. A tel point que le lendemain, au micro de RFI, le colonel fut obligé de revoir sa copie. Quant au nouvel Aziz, « Ould Ghazwani est bien son candidat et celui de la majorité ». Si j’ai dit qu’il se présente lui-même, « c’est qu’il peut le faire et nous le soutenons ». Couleuvres, couleuvres…
A propos des deux milliards de dollars gelés aux Emirats, selon divers sites électroniques et bloggeurs,  Ould Abdel Aziz s’est contenté d’annoncer que « les jours à venir verront éclater la vérité ». Quarante-huit heures à peine plus tard, deux bloggeurs et deux journalistes sont convoqués par la police chargée de la répression des crimes économiques, longuement interrogés sur leurs sources, avant d’être relâchés. Passeports et cartes d’identité leur sont confisqués, en attendant que leur dossier soit transféré à la justice. Comme dans l’affaire Ould Ghadda lorsque des sénateurs, des journalistes et des syndicalistes furent privés de leur liberté de mouvement pendant une année entière. L’instruction de leur dossier achevée depuis plus d’un an et demi, ils n’ont toujours pas été jugés. L’histoire est un éternel recommencement ? En sa version azizienne, elle ondule plus précisément entre bourde et rabâchage de bourde, en boucles.
                                                                                                  Ahmed ould Cheikh

dimanche 3 mars 2019

Editorial: Requiem de l'opposition mauritanienne?

L ‘accouchement est en cours. Dans la douleur. Une césarienne sera probablement nécessaire. Rassurez-vous : vous n’êtes pas dans une maternité mais dans une réunion du comité, désigné par l’opposition, pour dénicher l’oiseau rare : le candidat unique qui portera ses couleurs, lors de la présidentielle de Juin prochain. Inutile de le ressasser : les débats sont longs, parfois houleux. On pose la question qui tue : Le candidat doit-il être issu d’un parti d’opposition ou non, s’il a la capacité de rassembler ? Les critères de sélection sont passés en revue et les candidats au peigne fin.  Des noms émergent. On élimine certains, on en garde d’autres sous la main. Les infos fuitent avec parcimonie. Ahmed ould Daddah étant hors-jeu – limite d’âge… – on parle de Mohamed ould Maouloud qui serait, dit-on, intéressé. L’homme n’a plus rien à prouver, sur le plan du combat politique pour une véritable démocratie en Mauritanie mais il n’arrive pas à réunir le consensus pour porter l’étendard de l’opposition réunie. Les islamistes rechignent, en effet, à soutenir un homme de gauche. Mahfoudh ould Bettah ? Il n’a pas de grand parti derrière lui ni beaucoup de moyens pour financer sa campagne. Un temps pressenti, Mohamed Mahmoud ould Mohamed Saleh, un brillant professeur de Droit, proche du RFD dont il fut le directeur de campagne, lors de la présidentielle de 2007, a poliment décliné l’offre.  Cheikh ould Hannena, le leader des sénateurs frondeurs ? Issu du grand Est, il peut être un bon cheval mais n’a pas une grande expérience politique.  Et pour arriver en tête, dans une course aussi serrée que la présidentielle, il faut avoir, non seulement, du souffle mais, aussi, une solide assise financière. Sidi Mohamed ould Boubacar ? Deux fois Premier ministre (1992-1996 et 2005-2007), plusieurs fois ministre et ambassadeur, il a, incontestablement, une grande expérience et peut, sans doute, mobiliser des moyens. Mais il a l’inconvénient d’avoir servi, jusqu’à sa chute, un régime  que cette opposition a combattu. Sa gestion remarquable de la transition 2005-2007 lui vaudra-t-elle absolution ? Le fait qu’il ait toujours gardé le silence, face aux dérives du pouvoir actuel, ne joue pas en sa faveur. Certains militants de l’opposition commencent, d’ailleurs, à lui en faire reproche. Mieux vaut tard que jamais, pourrait-il leur répliquer : juste à côté de nous, Macky Sall fut ministre puis Premier ministre de Wade, avant de prendre ses distances vis à vis de son mentor et le défier, lors de la présidentielle de 2012. L’opposition sénégalaise avait flairé le bon coup et misa sur lui, en le soutenant au second tour. Vu l’enjeu, elle ne s’embarrassa ni  de considérations partisanes ni de sentiments.
Bref, qui d’autre de cette liste, pourrait-il être cette arlésienne de candidat unique ? Mohamed ould Bouamatou ? Le nom de l’homme d’affaires, devenu opposant pur et dur, subissant, depuis plus de sept ans, les affres du régime, a été également cité. Doté de solides relations, à l’extérieur et à l’intérieur, qu’il peut activer à bon escient, il a, en outre, l’énorme avantage de pouvoir financer, lui-même, sa campagne électorale. A condition, bien sûr, qu’il accepte d’entrer dans la danse et que l’opposition unanime le désigne. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. L’homme garde toujours le silence sur ses intentions et l’opposition arrivera difficilement à s’entendre. Or le temps presse. L’autre camp commence déjà à fourbir ses armes. Et, comme en 2007, 2009 et 2014, l’opposition risque fort rater encore le train. Par sa seule faute mais, cette fois, la goutte risque de faire déborder le vase. Ainsi gira une opposition auto-noyée dans ses atermoiements ?
                                                                         Ahmed ould Cheikh