dimanche 17 mars 2013

Editorial : On ne vous dit pas tout



L’affaire Bouamatou a pris, la semaine dernière, une nouvelle tournure, avec l’entrée en scène publique de l’homme d’affaires. Son communiqué de presse, présenté comme « une déclaration de résistance », est, en fait, une offensive tous azimuts, attaquant sur différents fronts. Mais pas sur tous. Et la lecture de ce qui est dit ne sera vraiment audible qu’en tenant compte de ce qui ne l’est pas. Vaste et complexe entreprise dont on ne cernera, cependant, jamais tous les tenants et aboutissants, tant ramifiées sont les implications de ce puissant homme discret, en Mauritanie, sur l’échiquier maghro-ouest-africain et bien au-delà du continent.
Au rayon de ce qui n’est pas dit, le nom de son adversaire, réduit à l’appellation «  pouvoir » qui utilise « la BCM pour régler leurs comptes aux banques et aux opérateurs qui refusent de se plier à l’arbitraire et à l’injustice ». Il est certes facile, dans le contexte d’hyper-personnalisation de cette affaire, dans la presse mauritanienne, depuis son déclenchement, de mettre un nom sur ce « pouvoir ». Mais les fils de « l’arbitraire et de l’injustice » passent, probablement, par des canevas beaucoup plus divers ; en tout cas : assez ; pour justifier l’usage lapidaire du terme « pouvoir ». Monsieur Bouamatou ne déballera donc pas son sac. On n’en attendait pas moins de cet homme très poli et cultivé.       
A défaut de nommer la tête, notre tenace compétiteur a, dans sa ligne de mire, le fusible en chef : le gouverneur de BCM. Le fait que celui-ci ne soit qu’un « instrument, entre les mains du pouvoir », ne l’excuse nullement de mépriser les règles de sa fonction et c’est bien lui que Bouamatou rend responsable de ce que « la BCM a décidé, en contradiction avec ses propres textes, de priver la GBM de l’accès aux devises, des dépôts des entreprises publiques, [etc.] » Et l’homme d’affaires d’enfoncer le clou : les « 18 milliards 123 millions d’ouguiyas » que la GBM détenait, « en ses comptes courants à la BCM », au déclenchement de l’affaire, « ont été virtuellement séquestrés par monsieur le gouverneur de la BCM […] au profit d’intérêts privés clairement identifiés » – on eût aimé plus de détails mais l’omerta est, ici, bombe à retardement – « […] au détriment de l’Economie nationale et des clients de la banque ». Une fois ce constat dressé qui décrit fort bien les éventuelles poursuites judiciaires internationales – en tout cas, au moins politiques internes – qui menacent le servile gouverneur, on voit bien comment s’organise la stratégie de Bouamatou qui précise, publiquement, les chiffres et distingue, clairement, les fronts.
S’attachant à défendre sa réputation et celle de sa banque, l’homme a pris, « personnellement, toutes les mesures propres à permettre la remise », à tous les clients de la GBM, « des « avoirs qu’ils ont confiés [à celle-ci]. » En séparant ceux de moins de dix millions d’ouguiyas – dont les propriétaires sont directement renvoyés à l’avocat de l’homme d’affaires, pour un règlement direct – de ceux supérieurs à ce plancher, amenés, quant à eux, à participer au bras de fer avec la BCM, Bouamatou organise la partie. Au-delà des stricts aspects techniques de ces dispositions, il s’attire, tout s’abord, la sympathie des petits clients, de loin les plus nombreux, et renforce, ensuite, ses capacités d’alliances objectives, dans son combat avec la BCM qui n’est pas sortie de l’auberge, si ces gros créanciers s’avisent de s’unir et de faire front avec la GBM.
D’autant plus que ce front pourrait être – le devrait même au plus haut point, suggère l’homme d’affaires – soutenu par l’Association Professionnelle des Banques de Mauritanie (APBM) qui « serait bien avisée de s’interroger sur le sens qu’elle donne à sa mission ». Soulignant que « personne n’est à l’abri », Bouamatou en appelle, tout bonnement, à une ligue du capital contre l’arbitraire et l’injustice, un concept formidable dont on aimerait bien voir, enfin, la matérialisation, après tant de siècles, disons, frileux. Nous n’avons aucun doute sur la capacité de celle-ci à modifier sensiblement la donne, en Mauritanie qui deviendrait, ainsi, un modèle pour le Monde. Merci, monsieur le banquier, de vous avancer à la pointe de ce noble combat.
En laissant, par ailleurs, « au Gouvernement la responsabilité de la déstabilisation de notre économie et de la destruction de centaines d’emplois qualifiés », Bouamatou s’adresse, indirectement, aux bailleurs institutionnels de l’Etat mauritanien. Les Aides Publiques au Développement (APD) rentrent pour plus de 20% dans le budget national et ces bailleurs ont largement les moyens de faire pression pour que, non seulement, la légalité financière internationale mais, aussi, la stabilité économique du pays ne soient pas inconsidérément remises en question. On notera, ici, combien l’argument laisse à penser qu’a contrario de ce nous suggérions plus haut, le « pouvoir » assaillant serait assez circonscrit…
Que dire, enfin, des comptes réglés, au passage, à la Star Oil et à la SOMELEC ? Péripéties tactiques, probablement. On y apprend que la GBM a des dossiers conséquents, sur un certain nombre de ses gros clients qui devraient éviter de trop se salir, dans cette affaire ; mieux, s’associer activement à la lutte menée par leur banque. On pressent, également, que beaucoup de choses n’ont pas été révélées. C’est, comme disait un célèbre joueur d’échecs, tourmenté à l’idée du coup terrible que son adversaire tenait en sa main, en le différant interminablement, que la menace est bien pire que l’exécution. Une société avertie en vaut donc deux, prévient, poliment encore, le pugnace banquier qui ne semble pas au bout du rouleau, en dépit de son obligée montée en première ligne… L’optimisme ne le quitte d’ailleurs pas. N’affirme-t-il pas qu’« un jour, certainement, cette affaire […] sera considérée comme la plus stupide, la plus folle et la plus injuste de notre histoire économique ? » Nous en sommes, nous, déjà persuadés.
Mais c’est probablement sur le plan de la respectabilité que ce communiqué de presse remet surtout les pendules à l’heure. Monsieur Bouamatou s’y distingue en dignité. Il était temps car si le pouvoir et l’administration se révèlent, en cette affaire, fort peu honorables, c’est encore pire pour la collectivité des deux principaux antagonistes (on est en Mauritanie, après tout), incapable, semble-t-il, de gérer un différend interne sans mettre en péril la Nation. C’est fort triste pour tous ceux de celle-là qui agissent pour le bien de celle-ci mais ça l’est encore plus, pour le quotidien de tous les Mauritaniens qui ont bon dos, certes, mais même bon, un dos a des limites… Il serait également temps que le « pouvoir » s’en souvienne.

Ahmed Ould Cheikh


dimanche 10 mars 2013

Editorial : Quels amis, à l’heure des comptes ?


L’enquête, munitieuse et bien fouillée, publiée en deux temps, la semaine dernière, par le site Afrik.com, sur le pillage organisé de la Mauritanie par une poignée d’individus, a jeté une ombre sur le pouvoir de Mohamed Ould Abdel  Aziz. Parangon auto-déclaré de vertu, champion détribalisé de la lutte contre la gabegie, celui qui se prétendait président des pauvres n’a, apparemment, excellé qu’en une seule chose : l’enrichissement ; mais seulement le sien – « charité bien ordonnée… » – et celui d’une parentèle. Qui, en quatre ans, a fait pire que tous les anciens pouvoirs réunis. Le BTP, les mines, les hydrocarbures, les assurances, les services, rien n’échappe à la boulimie de ce groupe de prévaricateurs new look, si l’on en croit le site en question. Même la SNIM, jadis fleuron de notre industrie minière et qui est toujours restée plus ou moins éloignée de la  médiocrité ambiante, est mise à contribution. Le beau-fils du président y a été recruté séance tenante, sans concours, sans stage, sans essai et envoyé, illico presto, en France, pour une mission de cinquante jours.  Jamais, depuis la fondation de cette société, on aura vu autant d’empressement dans le recrutement d’un employé. Ni aussi peu de finesse. Que représentent 13 500 euros (le montant des frais de mission du beau-fils chanceux), comparés aux retombées négatives que pourrait avoir un tel geste, sur la réputation de l’entreprise et sur l’œuvre du beau-père ? A moins de nous prendre pour des idiots, Ould Abdel Aziz ne pourra plus nous parler d’égalité des chances, d’enrichissement illicite ou de népotisme.
Quelques mois avant son arrivée au pouvoir, Macky Sall disait que le Sénégal avait atteint un tel degré de pourriture que le futur président sera dans l’obligation de faire un état des lieux et de demander des comptes. Une chose à laquelle il s’évertue, depuis qu’il a pris les rênes de ce pays. Les barons du régime de Wade tombent, comme des mouches, et tous ceux qui on profité de leur situation vont répondre de leurs actes devant la justice. Que dire de nous ?  Le Sénégal n’a eu de fâcheux que l’épisode Wade, alors que notre pays est soumis, sans interruption depuis 1978, à des pillards sans vergogne. Les plus naïfs ont cru qu’Ould Abdel Aziz pourrait ouvrir une éclaircie, dans ce ciel sombre mais ils n’ont pas tardé à revenir sur terre. La lutte contre la gabegie ne fut qu’un slogan galvaudé et le naturel n’a pas tardé à revenir au galop, sinon plus vite encore. Et on est allé à la soupe, une nouvelle fois. Mais pas tous, loin s’en faut.  Une dizaine de veinards entrés (pour combien de temps ?) dans les bonnes grâces du prince. Un bon conseil : profitez-en « bien » et assurez vos arrières, avant qu’il ne soit trop tard. Notre Poutine national a la mémoire courte et la reconnaissance n’est pas sa vertu cardinale. Mais, surtout, n’oubliez pas qu’un jour ou l’autre, il va falloir rendre des comptes. Pas bons, ils ne vous feront pas de bons amis…
Ahmed Ould Cheikh

dimanche 3 mars 2013

Editorial : Lourd, très lourd, le fond de l’air…



Les fracassantes révélations de l’ancien capitaine Ely Ould Krombelé sur son ancien compagnon devenu, très opportunément, président de notre République, éclaire d’un jour nouveau certaines facettes du personnage qui a la haute main sur notre destinée, depuis un certain 3 août 2005. Au-delà des accusations à caractère strictement privé et sur lesquelles nous ne reviendrons pas, une, au moins, trouve tout son sens dans le feuilleton qui l’oppose à son cousin et ancien bienfaiteur, Mohamed Oud Bouamatou : le manque de reconnaissance. Le capitaine la révèle en termes crus, sans utiliser les formules d’usage qui permettent, au détour d’une phrase, de dire tout, en peu de mots et en donnant l’impression de ne pas évoquer le sujet. Les deux hommes se connaissent bien. Ils ont été compagnons d’armes et se sont fréquentés pendant de longues années. Aussi le témoignage d’Ely peut-il servir à éclairer l’opinion, sur des aspects méconnus de la personnalité ou du cursus de son ancien camarade. Quand il affirme, par exemple, qu’Aziz ne recule devant rien, pour arriver à ses fins, on ne peut qu’être ‘’admiratif’’ devant la ténacité du personnage qui a tout mis en branle pour se hisser au firmament de la Nation. Alors que rien ne le prédestinait à une telle charge. Parmi la panoplie mise en œuvre pour prendre le pouvoir, s’y maintenir et faire plier ses adversaires, Aziz a, tour à tour, fait jouer la justice, les impôts, la prison, les promotions et les disgrâces, avant de sortir, ces derniers jours, dans son combat à mort contre le groupe BSA, l’artillerie lourde : la Banque centrale.
Jusqu’alors au-dessus de la mêlée et dirigée par un gouverneur censé naviguer hors des turbulences politiques, la Banque centrale n’est plus désormais qu’une arme, aux mains du prince du moment, pour anéantir ses adversaires. Il est vraiment loin le temps où des gouverneurs comme Ahmed Ould Daddah ou feu Ahmed Ould Zeïn donnaient, de la BCM, l’image d’une institution respectable et respectée, n’intervenant, dans le système monétaire qu’en cas de stricte nécessité et en respectant scrupuleusement la loi. De nos jours, c’est à tout le contraire qu’on assiste. Alors qu’elle devrait réguler et toujours chercher à stabiliser l’édifice financier national, en minimisant, notamment, le risque de faillite des banques, voilà que la BCM new-look est en train d’en pousser une au dépôt de bilan, en la harcelant quotidiennement, en l’empêchant d’accéder à ses dépôts, en violant, tous les jours, la loi bancaire dont elle doit être la garante.
Tu as raison capitaine, c’est ça la Mauritanie nouvelle ! Cependant, cette nouveauté commence sérieusement à nous pomper l’air ; non pas, seulement, celui de tel ou tel, faible ou puissant, riche ou pauvre. Mais un plus un, plus un plus un, et dix, et cent, et mille, et un million, ça fait, au bout du compte, beaucoup de monde ! Du coup, c’est dans toute la Mauritanie que le fond de l’air n’est plus frais. Plus frais du tout, de fait. Le climat s’alourdit, général, s’alourdit très fort : va falloir sérieusement songer à mettre de l’eau dans ton zrig et de la tenue dans tes engagements, si tu ne veux pas goûter à l’amertume, réunie, de tous ceux que tu as trompés…

                                                                                                                                 Ahmed Ould Cheikh

dimanche 24 février 2013

Éditorial : Inconcevable jurisprudence



Lorsqu’ils ont pris le pouvoir en 2005, les militaires, dont l’écrasante majorité appartenait au cercle proche du président renversé, ont décidé, unilatéralement, de faire fi du passé. Et de ne poursuivre personne, ni parmi les auteurs d’exécutions extrajudiciaires et autres exactions illégales, ni parmi les grands prédateurs qui écumaient la République. Ils ne voulaient pas, disaient-ils, ouvrir la boîte de Pandore. On les comprenait, tant ce dévoilement risquait de les éclabousser. Aucun d’entre eux n’était blanc comme neige et tous avaient, à un niveau ou un autre, goûté aux délices du fruit interdit. La classe politique et même le petit peuple, à qui l’on ne demandait pourtant pas l’avis, ont applaudi la mesure, plus soulagés de voir la fin d’un régime qu’empressés de réclamer une chasse aux sorcières dont les chances d’aboutir étaient proches du zéro. On tira, du coup, un trait sur un pan peu glorieux de notre histoire récente. Et l’on assista, ainsi, à l’émergence d’une première jurisprudence dont on n’est pas prêt de se départir. Chaque régime qui chutait passait par pertes et profits. Ould Abdel Aziz, encore fraichement embarqué sur son cheval de justicier, essaya d’ouvrir certains dossiers qui l’avaient précédé, comme ceux d’Air Mauritanie ou du riz avarié, mais ne tarda à les refermer. Désormais  ceux qui traînaient les plus impressionnantes batteries de casseroles pouvaient attendre la fermeture de la (longue) parenthèse du pouvoir qu’ils avaient servi, pour se pavaner en de plus encore somptueuses cuisines. Une fâcheuse tendance, préjudiciable au pays, à sa réputation et à son économie et qu’il n’est plus possible de laisser perdurer. Comment peut-on, par exemple, laisser impunis des hommes qui ont exécuté des ordres illégaux, voire inhumains, au motif qu’ils ne faisaient qu'obéir  aux ordres venus d’en haut ? Le gouverneur actuel de la Banque centrale, Sid’Ahmed Ould Raiss et son collaborateur Cheikh El Kébir Ould Chbih, qui violent, tous les jours, la loi bancaire, pour mettre la GBM à genoux, ne devront-ils pas répondre, un jour, de leurs actes ? N’y a-t-il pas de clause de conscience, en ce pays, autorisant de désobéir, quand les ordres ne sont pas conformes à la loi? Quand finira-t-on par comprendre qu’une république n’est pas un bataillon où l’on s’exécute d’abord et l’on se pose des questions ensuite ?
On n’en finirait plus d’énumérer les épuisantes illustrations de cette aberration : policiers qui trafiquent les procès-verbaux, procureurs qui défèrent les innocents, sur simple commande du prince, juges d'instructions qui travaillent aux ordres du « Parquet », alors qu'ils appartiennent à la magistrature assise, directeurs des impôts qui sanctionnent les « rebelles » au pouvoir du général défroqué, députés et sénateurs qui continuent à « légiférer » pour le compte du Palais, en dehors de tout mandat... Tant qu’on fonctionnera sur ce régime, le n’importe quoi et le pire resteront possibles, pour peu que l’un ou l’autre, voire les deux, agréent au maître, hors de toute loi, morale ou religion. Mais cela ne peut durer éternellement. Tôt ou tard, rendre compte deviendra la norme. Chacun réfléchira à deux fois, avec sa propre conscience, à la portée de ses actes. Et je suis prêt à parier que tout le monde se portera, alors, beaucoup mieux, y compris les professionnels de la courbette…
Ahmed Ould Cheikh

dimanche 17 février 2013

Editorial : Pendant ce temps-là…



Dans ‘’L’équipe du Dimanche’’, la célèbre émission sportive de Canal Plus, le présentateur Thomas Thouroude passe en revue et commente les matchs des différents championnats européens de football. Et, en guise de transition d’un championnat à l’autre, repasse à l’écran une sorte d’intermède ludique, intitulé ‘’Pendant ce temps-là’’.  Le journaliste, non dépourvu d’humour, montre alors des scènes risibles ou ridicules, pêchés un peu partout dans le monde. Comme quoi, pendant que des joueurs suent à grosses gouttes sur les terrains pour gagner leur pitance – et (beaucoup) plus, pour les plus doués – des insouciants, sur une autre planète, ont la tête ailleurs. En Mauritanie, nous ne sommes pas loin de ce cas de figure. Pendant que les différents pays du monde cherchent à assurer leur développement, font tout pour éviter les crises internes, veulent donner les mêmes chances à tout le monde, notre guide éclairé cherche partout la petite bête, en s’occupant du menu fretin que le moindre cadre de ministère rechigne à approcher.
Pendant ce temps-là, donc, le pouvoir intervient dans l’attribution des marchés, gère le budget de l’Etat comme une boutique, distribue les agréments bancaires à tour de bras, ne fait aucun pas en direction de l’opposition, pour dépasser la crise où l’on se débat depuis 2008, ne songe nullement à organiser des élections, alors que les mandats du Parlement et des mairies ont expiré depuis plus d’un an, joue au yoyo devant la crise au Nord-Mali et se prend pour le Messie sans lequel ce pays serait, depuis longtemps, déjà parti à vau-l’eau.
Pendant ce temps-là, aussi, Ould Abdel Aziz ou, plutôt, son maladif problème d’ego n’a pas trouvé mieux, pour occuper une opinion publique fatiguée des promesses sans lendemain, que de déclarer la guerre au groupe de Mohamed Ould Bouamatou, l’homme qui l’a fait roi, dans les conditions que tout le monde connaît, d’imposer arbitrairement ses différents sociétés, de chercher à diminuer les avoirs de sa banque, en ordonnant aux établissements publics d’en retirer leurs dépôts, d’envoyer en prison son collaborateur le plus proche, pour cause de faillite d’une compagnie aérienne où l’Etat n’avait, pourtant, pas mis un sou, et de geler des avoirs destinés à la Fondation de son cousin, qui remplit, bénévolement, une fonction que notre système de santé est incapable de remplir…
Inconscient des dangers que court son pouvoir, en se mettant à dos, non seulement, la classe politique mais, aussi, le capital, Ould Abdel Aziz ne semble avoir guère compris qu’une main de fer a besoin d’un gant de velours et qu’à force d’accumuler  les rancœurs contre soi, on s’expose à leur agglutination nauséeuse. Certes, la Mauritanie a l’estomac solide mais, pendant que la bile de son prince s’échauffe, l’ulcère s’agrandit… Un trou autrement plus fatal que les batifolages d’une balle amie…
Ahmed Ould Cheikh

dimanche 10 février 2013

Editorial : Usé jusqu’à la corde



En 2004, au plus fort de l’affaire dite des « faux chiffres » communiqués aux partenaires techniques et financiers, tous les indicateurs économiques étaient au vert, selon les autorités de l’époque. Personne ne pouvait imaginer que notre Etat pouvait mentir à ses partenaires et à son propre peuple, tant l’argent coulait à flots. Mais la bulle, artificielle, finit par se dégonfler et la Mauritanie se retrouva obligée de jouer franc-jeu avec les institutions de Bretton Wood. Sans qu’on ne sache jamais comment elles ont pu gober ces faux chiffres et sans que des sanctions ne soient prises à l’encontre des contrefacteurs.
La situation que vit le pays aujourd’hui est un tantinet différente. Certes, les chiffres officiels font toujours état d’une situation macre-économique resplendissante, de réserves en devises au-delà du raisonnable, une balance des paiements excédentaire et tout le tintouin du « tout va très bien, madame la marquise... » Mais le panier de la ménagère n’a jamais été aussi vide, les prix ne cessent de flamber, les hydrocarbures atteignent des sommets – alors même que le prix du baril de pétrole dégringole – et l’Etat est toujours aussi mauvais payeur. C’est à se demander lesquels des chiffres sont faux. Ceux qui décrivent la richesse ou ceux qui constatent la misère ?
Christine Lagarde était, il y a quelques jours, à Nouakchott et n’a, certainement, vu que ce qu’on a bien voulu lui montrer (tout comme aux experts que son institution envoie). Mais elle est avertie. Il y a comme une évidence que ne sauraient cacher les chiffres : quelque chose ne tourne pas rond dans notre économie. Par quel subterfuge peut-on expliquer le fait que 80% des devises cédées par la Banque Centrale le soient en dehors du marché des changes, en violation des engagements pris devant le FMI, soit plus de 100 milliards d’ouguiyas rien que pour l’année 2012 ? Comment expliquer que la croissance ne profite qu’à une petite minorité, tellement jalouse de ses prérogatives et de ses avantages qu’elle veut écarter jusqu’à ceux qui ont eu l’outrecuidance de réussir avant elle ? Comment un Etat, censé jouer le rôle de régulateur, se transforme en opérateur économique, poussant des sociétés à la faillite, au lieu d’encourager les initiatives privées ? Comment peut-on procéder par élimination, dans l’attribution des marchés publics, de ceux qui n’ont pas encore assimilé la Rectification, avant d’honorer les plus bruyants fidèles à celle-ci ? Alors que nous sommes tous égaux devant la loi, par quel miracle peut-on opérer, au même moment, des redressements fiscaux visant plusieurs sociétés d’un même groupe, au prétexte subit qu’elles ne payaient pas suffisamment d’impôts ? Comment peut-on ordonner, aux sociétés publiques, de vider leurs comptes de la même banque, le même jour, et qu’on nous dise, en suivant, qu’il s’agit d’opérations normales ? En un mot, l’Etat a-t-il vocation à être instrumentalisé pour régler des comptes personnels ?
Que les experts du FMI ne viennent surtout pas nous chanter demain que l’économie se porte bien et qu’elle est bien tenue. Ils ne croient certainement pas si bien dire. Preuve ultime : quand la police chargée de la répression de la délinquance financière convoque un opérateur économique et, sans rien lui reprocher, confisque son passeport pour l’empêcher de voyager, ça s’appelle comment ? Abus de pouvoir ? Pratiques antédiluviennes ? On nous dit, pourtant, qu’on est en démocratie. Militaire, peut-être ? Que notre justice est indépendante. Jusqu’à ce qu’on l’oriente ? Et que l’Etat n’a pas de parti pris ? On n’en demande pas plus. Seulement voilà : les faits sont au moins aussi têtus qu’Ould Abdel Aziz. De vareuse en complet-veston, un despote reste despote. De commandements en recommandations, la justice marche toujours au pas. De PRDS en UPR, l’Etat défile itou, entre deux haies serrées de laudateurs qui élèvent toujours plus la voix, histoire de couvrir les grondements grandissants du peuple, derrière, usé jusqu’à la corde…  Prends garde aux cris de joie qui t’environnent: plus ils redoublent, plus irrésistible s’annonce le tsunami du ras-le-bol  qu’ils prétendent endiguer…   

                                                                                                                         Ahmed Ould Cheikh

dimanche 3 février 2013

Editorial : Pourquoi tout cet acharnement ?



« Non de non et encore non ! », dénie, en substance, le directeur général des impôts, sur les ondes de la TVM, « Mohamed Ould Bouamatou n’est pas visé personnellement, le redressement qui touchent ses sociétés est également appliqué à toutes les autres, dans tous les secteurs, cimenteries, téléphonie mobile, banques ou autres ». On veut bien vous croire, monsieur le directeur, même si l’on a des difficultés à comprendre par quel fabuleux coup de baguette magique les affaires des trois sociétés visées où MOB est actionnaire ont pu être à ce point florissantes, par les temps qui courent, qu’on les somme de payer plus de 4 milliards de nos ouguiyettes… Il est vrai que la crise, c’est exclusivement réservé aux pauvres. Heureusement qu’ils ont un président, pour rétablir un peu les choses…
Car, si l’on veut bien croire le fidèle exécutant que ne manquerait surtout pas d’être monsieur le directeur général des impôts, on comprend, tout aussi bien, qu’il y a des choses qui le dépassent. Ce n’est évidemment pas lui qui aura subitement décidé toutes les sociétés d’Etat à vider, entre le 21 et le 23 janvier, leurs comptés à la GBM, au profit de la Société Générale. Tenez-vous bien : rien qu’à Nouadhibou, la SNIM a siphonné ses trois comptes, de la représentation régionale de la banque à MOB. L’un était créditeur d’un milliard cent quarante-cinq millions d’ouguiyas, le second de deux cent soixante-quinze millions et le troisième, « que » de soixante-douze millions. La société de Gestion des Installations Pétrolières (GIP) a retiré plus de trois cent millions, le Port Autonome de Nouadhibou, cent cinquante, et la Société Mauritanienne de Commercialisation du Poisson (SMCP), cent mille dollars et deux cent mille euros.
Même topo à Nouakchott. Le Port autonome, sept cent millions d’ouguiyas et l’Autorité de régulation, plus d’un milliard. Les SOMELEC, SONIMEX et SOMAGAZ ayant, quant à elles, reçu consigne de limiter, « au strict minimum », leurs relations avec cette banque. Et, tenez-vous bien, tout cet argent a atterri sur des comptes ouverts à la Société générale. Aucune autre banque nationale n’a eu droit à un centime de ce pactole. Certaines mauvaises langues croient savoir qu’il ne serait qu’en transit vers une banque en cours de création et dont au moins un actionnaire bénéficie de liens de parenté opportuns par les temps qui courent.

 D’autres indices sentent tout autant le soufre. Alors que la Banque centrale est tenue de fournir, aux banques qui en font la demande, des devises « dans la limite des disponibilités » – une variable propice à toutes sortes de variabilité – la GBM n’a reçu, au cours du mois en cours, que 600.000 dollars contre onze millions à la Qatar National Bank qui ne devrait, normalement pas, en manquer.
Voudrait-on amener la banque à fermer ou avoir, au moins, de grosses  difficultés de trésorerie qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Et les coïncidences sont trop diverses, trop resserrées dans le temps pour douter de l’identité de cet « on » : qu’a donc fait MOB pour mériter les foudres de son cousin ? L’opinion publique veut savoir ce que celui-ci reproche à celui-là, au point de menacer un certain nombre d’emplois liés à ses activités. Une exigence plus que légitime : lorsque les affaires d’un seul homme ou d’un seul groupe financier mettent en jeu un grand nombre de gens, la république – la chose publique –  est en droit de demander des comptes à ceux qui remettent en cause ces liens. Tout particulièrement lorsque l’agresseur est censé présider la République. Une fonction élective qui ne met certainement pas à l’abri de l’accusation de délit d’initié. C’est aussi cela, la démocratie.
Ahmed Ould Cheikh