mercredi 21 septembre 2011

Editorial : A la recherche du temps perdu……..

Le dialogue politique, entre la majorité et l’opposition, est, désormais, lancé. Depuis samedi dernier, très exactement, au Palais des Congrès, en présence du président de la République qui a même prononcé un discours, pour ajouter à la solennité du moment. Son speech, prononcé dans un arabe très approximatif, évoquera, pêle-mêle, un tournant important de l'histoire de notre pays; l'opportunité offerte, aux différents partenaires politiques, d'examiner les voies et moyens nécessaires à la promotion de notre vie démocratique; le dialogue constructif, sur notre situation politique; la gouvernance démocratique; les relations nouvelles, fondées sur la confiance réciproque ; le respect des différences, le pluralisme des positions et la diversité des attitudes. De bien jolis mots qui pourraient faire croire, au premier venu, que nous vivons une démocratie en tous points parfaite, qui n’a jamais connu de coup d’Etat contre un président démocratiquement élu et respecte, à la lettre, ce texte fondamental qu’est la Constitution. En réalité, il y a loin, de la coupe aux lèvres. Mais ne boudons pas notre plaisir. Pour une fois que s’assoient, autour d’une table pour discuter, l’opposition, la majorité et le représentant du président – qui se démarque, ainsi et ouvertement, de ses soutiens pour lesquels il n’a, paraît-il, guère d’estime ; et pour cause: ils ont, déjà, soutenu tous ceux qui ont conquis, précédemment, le palais ocre!
La situation exige cette discussion. S’il avait toutes les cartes en main, Ould Abdel Aziz n’aurait jamais transigé. Il serait allé seul aux élections, laissant l’opposition ruminer sa colère. Mais la donne a évolué, depuis l’élection de 2009. Des révolutions ont balayé plusieurs dictatures, dans le monde arabe; la situation interne est loin d’être reluisante; AQMI frappe à nos portes et la France, principal soutien de notre putschiste légitimé, a bien changé, depuis que Guéant s’occupe de l’Intérieur et non plus de l’Extérieur. Dommage que Robert Bourgi, dans ses révélations, se contente de la période Chirac. Acteur de premier plan, dans le changement d’attitude de la France, vis-à-vis du coup d’Etat d’août 2008, il nous dira, peut-être un jour, en échange de quoi ce revirement a été opéré. Il attend, sans doute, que Sarkozy soit éjecté de son fauteuil, en 2012, pour évoquer d’autres valises, pleines à ras bord.
Pour en revenir à notre dialogue au rabais, auquel ne participent, réellement, que deux partis, il y a lieu de se demander ce qu’on peut en attendre. Les médias publics changeront-ils, du jour au lendemain, pour devenir, non plus la voix de leur maître, mais des organes permettant à tout le monde de dire ce qu’il pense? Le pouvoir va-t-il multiplier les concessions, pour que des élections les plus transparentes possibles soient organisées? Une CENI véritablement indépendante sera-t-elle mise en place? Une nouvelle loi électorale sera-t-elle promulguée, pour interdire le nomadisme des élus, d’un parti à l’autre?
Si le dialogue aboutit à l’adoption de tous ces points, nous applaudirons, des deux mains, et nous donnerons raison à ceux qui ont brisé les rangs de l’opposition, pour faire bouger les lignes. Dans le cas contraire, on aura encore perdu du temps et déçu des espoirs. Au risque de s’acheminer vers des lendemains incertains. Qui sera, alors, le grand perdant?

Ahmed Ould Cheikh

mercredi 24 août 2011

Editorial : Messieurs les politiques, allez à l’essentiel !

Une partie de l’opposition qui dit oui, une autre qui dit non, une majorité qui ne sait plus quoi dire, attendant un signal d’en haut. Le dialogue politique inclusif, que tout le monde appelle de ses vœux et qui figurait, en bonne place, dans les fameux Accords de Dakar, risque de ne jamais voir le jour. Pourtant, cela fait des mois, que des partis et des hommes politiques, tout ce qu’il y a de plus sérieux, planchent dessus. Entre rencontres, audiences, réunions-marathons, retouches pour un mot ou pour deux, déclarations de bonne intention, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Et n’a rien charrié. Si ce n’est une mésentente, pas tout à fait cordiale, entre un pouvoir qui dort sur les lauriers, aux commandes d’un navire qui tangue dangereusement, et une opposition, échaudée par l’expérience de 2009, lorsqu’elle fut roulée dans la farine, qui refuse de faire la moindre concession. Ses revendications sont, au demeurant, des plus légitimes. Elle demande, en premier lieu, l’ouverture des médias publics à tout le monde. Il n’est, en effet, pas normal que, dans un pays qui se veut démocratique, les organes de presse officiels soient transformés en outils de propagande, au seul profit du pouvoir en place. Il faut aller en Corée du Nord, en Birmanie ou en Libye de Kadhafi – encore qu’il faille, en ce dernier cas, se dépêcher – pour voir encore une telle bêtise humaine. La télévision et la radio fonctionnent avec l’argent du contribuable, donc, de tout un chacun, et doivent, de ce fait, refléter l’avis de tous. Comment incriminer l’opposition, si elle réclame un temps de parole, alors que le problème ne devrait, même pas, être posé? Dans une démocratie qui se respecte, ce genre de détails ne doit pas faire l’objet de discussions. Il coule de source, normalement. Tout comme un code électoral consensuel, une CENI indépendante et une administration neutre. C’est ce qu’on appelle, communément, les fondamentaux de la démocratie.
Si le pouvoir est sincère dans sa volonté de dialogue et s’il tient à respecter l’Accord qu’il a signé sous l’égide de la communauté internationale, tout devrait rentrer dans l’ordre. Au bénéfice de tous: du pouvoir, qui fera preuve d’ouverture, et de l’opposition, qui évoluera, désormais, dans une scène politique apaisée et pourra se consacrer à autre chose que ses querelles de clocher. Faute de quoi, on irait vers des élections organisées unilatéralement, sans aucune crédibilité. La tension augmenterait, alors, d’un cran. Ce qui, avec les autres foyers de tension, à l’intérieur et à l’extérieur, risque d’être du plus mauvais effet, sur un pays qui vit, déjà, des moments difficiles. La de plus en plus probable et imminente chute du Grand Guide libyen, en dépit de ses milliards et de ses monumentaux arsenaux, devrait donner à réfléchir à notre raïs qui aurait grand tort de minimiser le ras-le-bol populaire, en cette affaire comme en d’autres. Trop plein que tous nos politiques semblent avoir perdu de vue. Ils auraient, pourtant, le plus grand intérêt à couper court et aller, directement, à l’essentiel. Ou déclarer leur incapacité. Et partir. Tous. Sans exception.
Ahmed Ould Cheikh

mercredi 17 août 2011

Editorial : Parlons chiffres!

Lors de sa dernière prestation télévisée, le 6 août dernier, à l’occasion du deuxième anniversaire de son investiture à la tête de l’Etat, le président a beaucoup parlé. Quatre heures d’horloge lui ont à peine suffi, pour faire passer son message. Quatre heures au cours desquelles il a donné très peu de chiffres alors que, normalement, il faisait le bilan de ses trois ans passés à la tête de l’Etat. Il nous a juste appris qu’il est intervenu, une fois, dans un processus d’attribution de marché public au profit d’une société nationale, en l’occurrence ATTM. Ce qui constitue, si notre guide éclairé ne le sait pas, une violation du code des marchés publics, punie par la loi. La Banque Mondiale, un de nos principaux partenaires au développement, traite de «manœuvre frauduleuse» toute tentative d’intervention d’un agent public ou privé, dans un marché en cours. Le président, qui avait reconnu, l’année dernière, qu’il violait la Loi des finances, en dépensant de l’argent hors budget, revient, de nouveau, à la charge. La loi est faite pour être violée, non? Et si l’exemple vient d’en haut…
Ould Abdel Aziz a, ensuite, fait parler la poudre, en nous jetant, à la figure, des chiffres censés nous prouver que notre économie se porte comme un charme: 500 millions de dollars d’avoirs, en devises, et un compte du Trésor, à la BCM, créditeur de 37 milliards d‘ouguiyas. En cette période de récession, les Etats-Unis pourraient difficilement faire mieux. Mais ce qu’ignore le commun des mortels, ébahi devant un tel étalage de richesse, c’est qu’il ne s’agit, là, que d’une vérité tronquée. A quoi sert-il de posséder 500 millions de dollars, quand vos engagements dépassent le milliard ? Que représentent 37 milliards d’ouguiyas, face à une dette intérieure de plus de 120 milliards? Un des plus grands acquis de la Transition 2005/2007 est qu’elle a soldé toute la dette intérieure. Et, depuis 2008, l’Etat n’a fait que vivre sur le dos de ses créanciers, battant des records d’insolvabilité. On ne cesse, pourtant, de nous chanter que la lutte contre la gabegie a porté ses fruits, que les dépenses ont été maitrisées et que l’Etat ne vit plus au dessus de ses moyens. Que l’Etat ne vit plus avec ses moyens mais les thésaurise, devrait-on dire. Cet argent devait, normalement, servir à faire face aux engagements, renflouer les sociétés d’Etat qui croulent sous les déficits et soutenir l’ouguiya qui s’effondre, face aux devises étrangères. Le compte du Trésor, à la Banque centrale, n’a besoin de tout cet argent, il pourrait même être débiteur, à la limite. Ce n’est, pas nécessairement, un signe de bonne santé économique ni de bonne gestion d’accumuler autant d’argent. Sauf à vouloir s’en vanter.
Dans une économie aussi fragile que la nôtre, où tout dépend de l’Etat, fermer les vannes du robinet pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Il s’agirait, plutôt, d’édicter des règles strictes de gestion, choisir les hommes qu’il faut et laisser l’Etat jouer son rôle de régulateur. Il n’est pas possible pour une seule personne, fut-elle président, de régenter toute une économie, de la plus petite dépense jusqu’aux grands équilibres macro-économiques. Les Mauritaniens seraient-ils à ce point peu dignes de confiance? A vous de juger!

AOC

dimanche 14 août 2011

Editorial : Miroir, mon beau miroir…

Ould Abdel Aziz a parlé. Trois ans après son accession au pouvoir par les armes et deux ans après son investiture à la présidence de la République, le chef de l’Etat s’est prêté aux jeux des questions/réponses avec des journalistes et des citoyens triés sur le volet. Au Palais des Congrès – transformé en palais des Complots, par un jeu de mots, involontaire, d’une speakerine arabophone – il y avait grande foule pour écouter les présidentielles déclarations. La TVM et la Radio ont sorti les gros moyens, pour amener la «bonne parole» aux quatre coins du pays et, même, à l’extérieur. L’événement était, certes, important. Ce n’est pas tous les jours qu’un président mauritanien accepte de descendre dans l’arène pour s’expliquer. En trente-deux ans de régime militaire, le silence-radio, devant les médias nationaux, était devenu la règle. C’est à la limite si la presse indépendante n’était pas traitée avec mépris.
Pour en revenir au débat où, soit dit en passant, «Le Calame» n’était pas invité – une reconnaissance en creux de notre indépendance, je présume – le président est apparu décontracté; au début. Il se crispera rapidement: dès la deuxième question d’un journaliste relative au sentiment de malaise qui prévaut dans le pays et que partagent aussi bien la majorité que l’opposition. «Ce genre de questions ne me dérange pas», dira-t-il, comme si cela n’allait pas de soi. Avant de se rattraper et faire preuve de beaucoup de sang-froid, malgré un feu, nourri, de questions dont certaines décontenanceraient plus d’un. Et de planter le décor, piquant, avec hardiesse, l’opposition qui pose, selon lui, des conditions au dialogue, alors que ce sont ses préalables qui doivent être l’objet du débat. Sur d’autres points, le public restera sur sa faim. Le président ne donnera pas de détails sur sa déclaration de patrimoine – se contentant de dire qu’il «n’a jamais rien géré avant d’être président» – ni sur les sociétés, fondées par ses proches, qui commencent à engranger, par miracle, marché sur marché. Et de défendre, becs et ongles, la convention de pêche, signée avec la société chinoise Poly Hondone, sans, toutefois, donner de détails sur ce qu’elle va apporter à l’Etat, en dehors de 2.000 emplois et d’un investissement de 100 millions de dollars.
On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Méfiant, dit-on, à l’égard de ses laudateurs patentés, Ould Abdel Aziz aime, manifestement, se tresser sa propre couronne de lauriers. Il évoque, avec un délice non dissimulé, ses autosatisfactions, son bilan, la lutte contre la gabegie et contre AQMI, l’Armée, les routes, les équipements, les subventions aux produits alimentaires et aux hydrocarbures, les réserves en devises et en ouguiyas. Un tableau idyllique fort éloigné, tout de même, de ce que vit, quotidiennement, le citoyen lambda: la vie de plus en plus chère, la stagnation des salaires, la précarité banalisée, la queue du diable tant recherchée que le pauvre n’aura bientôt plus que le palais gris pour abriter son caudal appendice. Nul doute qu’il y trouve matière à tenter son narcissique hôte, fondu d’admiration devant le miroir de ses œuvres: en seulement trois ans de pouvoir, c’est, déjà, une bien inquiétante prouesse.

Ahmed Ould Cheikh

mercredi 3 août 2011

Editorial : Attachez vos ceintures!

Le dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition, tout le monde l’appelle de ses vœux. Verra-t-il jamais le jour, tant les peaux de banane jonchent, nombreuses, son chemin? Ould Abdel Aziz vient de recevoir, pour la énième fois, Messaoud Ould Boulkheir. Le leader de l’APP remettait, au président de la République la réponse, amendée, de la COD, à sa proposition de dialogue. Fait nouveau : Messaoud était accompagné, cette fois, du président de la Convergence Démocratique Nationale, maître Mahfoudh Ould Bettah. La presse nationale s’est largement fait l’écho de la teneur des entretiens entre les trois hommes, qui s’apparentent, déjà, à un dialogue de sourds. Jugez-en vous-mêmes. Prenant la parole en premier, maître Bettah expose ce que l’opposition considère comme des préalables au dialogue. Ould Abdel Aziz lui répond, du tac au tac, que les médias publics sont ouverts mais qu’ils ne peuvent obliger personne à y intervenir ; que la justice est indépendante ; que les nominations aux hautes fonctions ne dépendent pas de l’appartenance à tel ou tel camp politique ; qu’une seule manifestation a été réprimée, depuis son accession au pouvoir ; que l’administration et l’Armée sont neutres et que c’est l’opposition qui entrave le dialogue. Et le président, visiblement agacé, d’enchaîner: «Nous avons reporté, en réponse à votre demande, les élections pour le renouvellement au tiers du Sénat mais vous ne semblez pas apprécier ce geste à sa juste valeur. En conséquence, nous avons décidé d’organiser les élections législatives et municipales, dans les délais prévus par la loi.»
La réunion finira en queue de poisson, sans que les deux parties ne conviennent d’un nouveau rendez-vous. Pire, le conseil des ministres décide, lors de sa réunion hebdomadaire, que les élections auront bien lieu en octobre. Faut-il en déduire que le dialogue est enterré? Etait-ce se réjouir un peu tôt d’enfin connaître une scène politique apaisée? Tout ce tintamarre n’était, donc, qu’une manœuvre du pouvoir, pour «démontrer» le refus de l’opposition au dialogue? Cette dernière freinerait-elle, des deux pieds, multipliant les chausse-trappes, pour ne pas légitimer Ould Abdel Aziz en dialoguant avec lui? Bref: notre majorité et notre opposition nous tourneraient-elles en bourriques?
Il ne sert à rien, en tout cas :
- d’organiser des élections sans une CENI et un code électoral consensuels
- de fixer les règles du jeu en l’absence de l’adversaire
- de prétendre à la neutralité, en s’érigeant juge et partie
Voilà un Ramadan qui s’annonce bien maussade, à moins d’un trimestre d’échéances qui qualifieront, de toute manière, le pouvoir. Discrétionnaire, en attendant les classiques dérapages du despote de moins en moins éclairé? Ou consensuel, enfin, au risque d’une alternance que le traitement lamentablement approximatif de la conjoncture rend de plus en plus probable? Il semble bien que ce Ramadan ne soit qu’un avant-goût, hélas, d’un bouclage permanent de ceinture. Mais pas pour des envols vers des lendemains radieux…

Ahmed Ould Cheikh

jeudi 14 juillet 2011

Editorial : Importune lune de fiel…

Rien ne va plus entre la Mauritanie et le Sénégal. Entre Wade et Ould Abdel Aziz, pour être plus précis. Depuis que le pays de la Teranga a décidé, en décembre dernier et à la surprise générale, de soutenir le candidat malien, à la direction générale de l’ASECNA, alors qu’il avait promis d’apporter son appui au mauritanien, les nuages n’ont cessé de s’amonceler dans le ciel des relations entre les deux voisins. On croyait, pourtant, que notre guide éclairé, à qui les Wade, père et fils, ont rendu d’inestimables services, en contribuant, grandement, à sa légitimation, allait être un peu plus reconnaissant envers ceux qui l’ont fait roi. Avec le concours bienveillant de la France et, surtout, de la Françafrique. Mais le pouvoir a, apparemment, ses raisons et ses contraintes. Ainsi, lorsqu’en 2008, les syndicats de transporteurs sénégalais empêchèrent, pour cause de concurrence, les bus mauritaniens d’effectuer la navette Nouakchott-Dakar, Ould Abdel Aziz demanda à ce que ceux-ci soient, automatiquement, arrêtés et qu’on arrête d’importuner ses «amis» de l’autre rive. Il faut dire qu’en ce moment crucial, il avait besoin de l’appui du «doyen», pour faire passer son coup et amener l’opinion internationale à accepter une sortie de crise à sa botte. Ce qui fut fait. Les fameux accords de Dakar, signés en juin 2009, à…Nouakchott, en présence de Wade, permettent d’organiser une élection présidentielle, en juillet suivant, qui consacre la victoire, au premier tour, d’Ould Abdel Aziz.

Une année et demie plus tard, la lune de miel commence à tourner, sérieusement, à la lune de… fiel. Après l’épisode de l’ASECNA, qu’Ould Abdel Aziz a très mal digéré, le problème du transport terrestre refait surface. Cette fois, la Mauritanie, beaucoup moins conciliante, décide d’appliquer le principe de réciprocité. Les camions sénégalais ne sont plus autorisés à fouler notre sol et doivent, désormais, débarquer, à Rosso, leur cargaison, prise en charge par les camionneurs mauritaniens. Avant de prendre cette décision, le gouvernement avait, cependant, demandé, avec insistance, aux Sénégalais d’appliquer la convention de transport liant les deux pays. Mais leurs syndicats, qui ne veulent pas entendre parler des bus mauritaniens, se sont révélés assez forts pour narguer leur Etat, en toute impunité.

Ce fut, ensuite, la mésentente au sujet de la Libye et les petites phrases, assassines, de Wade qui accuse, indirectement, Ould Abdel Aziz d’avoir empêché, lors de l’avant-dernière réunion de l’UA, que celle-ci demande, clairement, le départ de Kadhafi. Comme pour mettre de l’huile sur le feu, le Sénégal exprime des réserves sur la candidature de la Mauritanie, au nom de l’Afrique de l’Ouest, à un poste de membre non permanent du Conseil de sécurité. Et l’affaire se corse, la semaine passée, lorsque le ministère sénégalais du Transport aérien, que dirige Karim Wade, n’accorde que trois vols par semaine, sur Dakar, à la nouvelle compagnie nationale, Mauritania Airlines, alors que Sénégal Airlines exploite sept vols par semaine, sur Nouakchott. Il n’en faut pas plus pour que la Mauritanie décide, tout bonnement, d’interdire son espace aérien à la compagnie sénégalaise, jusqu’à ce qu’une solution équitable soit trouvée.

Bref, un ensemble de détails en voie de se transformer en gros problème. Dans l’intérêt de personne. En 1989, ce fut un petit incident entre éleveurs et agriculteurs qui déclencha la spirale meurtrière. A l’époque, le Sénégal était au bord de l’explosion sociale et il fallait, au régime en place, un exutoire et une cause nationale. 2011 n’est pas loin de 1989. Wade connaît une fin de mandat difficile, sa proposition d’un ticket présidentiel a failli déclencher une révolution et le quotidien du sénégalais est de plus en plus intenable. Mais les peuples n’ont que faire des états d’âme de leurs dirigeants. Wade et Ould Abdel Aziz partiront, comme Diouf et Ould Taya avant eux. Les plaies de 1989 s’étant à peine cicatrisées, il ne sert à rien d’en ouvrir de nouvelles. Gardons à l’esprit qu’aucun de nos pays ne peut vivre en autarcie, mais que c’est surtout la Mauritanie qui a besoin du Sénégal et non l’inverse. De sa main d’œuvre, de son port, de son marché intérieur, pour nos commerçants; de ses camions, pour transporter nos marchandises; de ses pêcheurs, pour nous ravitailler en poisson; de ses pâturages, pour nos milliers de têtes de bétail qui traversent, chaque année, la frontière ; de ses hôpitaux, pour soigner nos malades. Tempérons, donc, nos ardeurs et tentons de trouver des solutions à l’amiable. Il ne sert à rien de montrer ses muscles, quand le rapport de forces ne vous est pas favorable.

Ahmed Ould Cheikh

mercredi 6 juillet 2011

Editorial : Président Don Quichotte

L’opposition s’est, enfin, décidée à parler d’une même voix. Après une série d’audiences accordées, par Ould Abdel Aziz, à certains de ses leaders, des déclarations, assorties de menaces de retrait de la Coordination – «si elle ne se décidait pas à dialoguer avec le pouvoir», dixit Messaoud Ould Boulkheir – des réunions-marathons où tout ou presque a été dit, une «feuille de route» pour le dialogue a été remise au président de la République. A charge d’y répondre dans les dix jours, s’il est «réellement sincère dans sa volonté de dialogue», comme l’a supputé au moins un opposant. Mais notre président-voyageur a, apparemment, d’autres soucis. Tel le célèbre forgeron de la légende populaire qui rafistolait les calebasses des autres, en négligeant les siennes, pourtant très mal en point. Un petit saut à Pretoria où se tenait une réunion du panel de l’Union africaine sur la Libye, en début de semaine passée, suivie, deux jours plus tard, de la capitale équato-guinéenne pour les assises de l’organisation continentale. Dont le président en exercice, Théodore Obiang N’guema, un dictateur «pur jus», devrait faire honte à l’UA, et être écarté, en conséquence, de sa direction. But de ces deux conclaves: la situation en Libye, dont le «Guide de la révolution», confronté, depuis plusieurs mois, à une rébellion armée, refuse de lâcher le pouvoir. Comme lors de ces précédentes réunions, le panel a demandé la fin des combats, la tenue de négociations, directes, entre les deux parties et la fin des frappes de l’OTAN. Rien de bien nouveau. La même litanie est récitée, à chaque concertation du panel, et, comme lors de la crise ivoirienne, personne ne semble lui prêter la moindre attention. Les enjeux dépassent le continent. Les puissants de ce monde, décidés à jouer au gendarme, ne vont pas s’arrêter en si bon chemin pour se débarrasser d’un psychopathe accro et pas seulement aux lambris dorés.

Toujours est-il que le guide de notre révolution à nous, celle du 6 août 2008, ne ménage aucun effort pour rester sous les feux de la rampe. Se souvient-il que, parmi les reproches qu’il avait émis, en son temps, à Sidioca, celle de voyager un peu trop aux frais de la princesse figurait en bonne place. Mais on en n’est pas à une anomalie près. Comment l’UA, par exemple, a-t-elle pu ériger le putschiste qu’elle vouait aux gémonies, il y a moins de deux ans, en chef-médiateur?

Sauf à vouloir se prendre pour ce qu’il n’est pas, Ould Abdel Aziz aurait pu faire l’économie de tous ces déplacements onéreux et qui n’ont, jusqu’à présent, donné aucun résultat probant. Nombre de chefs d’Etat ne participent, quasiment jamais, aux réunions de l’Union Africaine, et ne s’en portent pas plus mal. Notre raïs pouvait consacrer cette énergie à régler les multiples problèmes auxquels son pays fait face, à discuter, avec son opposition, pour aplanir les divergences, à aller à l’encontre des citoyens de l’intérieur, pour s’enquérir de leur situation, à combattre, sans démagogie, ces maux endémiques que sont la mauvaise gestion et la gabegie. En un mot, Il devait, et c’est pour cela qu’il a été élu, consacrer son temps à la Mauritanie, au lieu d’aller se battre, tel Don Quichotte, contre les moulins à vent.

Ahmed Ould Cheikh