jeudi 2 décembre 2010

Editorial : A grands pas

La Mauritanie a soufflé, ce 28 novembre, sa cinquantième bougie. Nous nous sommes félicités, avons applaudi, défilé, rendu hommage aux fondateurs. Nous aurions dû, pourtant, pleurer, devant tant de gâchis, d’occasions ratées, de dilapidation de nos maigres ressources, de dévoiement de nos volontés. Nous aurions dû passer en revue le chemin parcouru, nous remettre en cause et tirer les leçons du passé. Au lieu de se tresser des lauriers. Un sport national que nous maitrisons parfaitement bien. Certainement le seul. Si l’on exclut la flagornerie.

Cette année encore, nous n’avons pas dérogé à la règle. A écouter nos organes de presse officiels, nous vivons dans le meilleur des mondes, depuis un certain 6 août 2008. Si l’on s’en tient à leur raisonnement, le pays est né le 28 novembre 1960, s’est plus ou moins développé durant 18 ans, avant d’hiberner, en l’attente d’Ould Abdel Aziz. 30 ans de coma profond au cours desquels le «malade» aura tout connu: gaspillages, détournements, mauvaises gestions, népotismes, pillages de ses ressources.

Même Ould Abdel Aziz y est allé de son couplet, dans son discours du 20 novembre: «Nous avons engagé une dynamique […] dans l'espoir de renouer avec l'éthique et la morale dans la vie publique. Mais le changement des mentalités reste un parcours long et difficile […] qui requiert, [au-delà de la punition des] auteurs des crimes de détournement des deniers publics et de pratiques étrangères aux traditions de notre société musulmane, la contribution de tous les citoyens. […] Cette politique de rigueur a permis de réaliser, en un court laps de temps, de nombreux et importants projets de développement, notamment dans le domaine routier, éducatif et sanitaire, en plus de nombreuses autres infrastructures, vitales pour le pays.[…]»

Que faut-il en déduire? Que notre pays avance, à grands pas, vers le progrès? Qu’à ce rythme, Ould Abdel Aziz va, incessamment, hériter du titre de «bâtisseur de la Mauritanie nouvelle»? Que tout ce que dit l’opposition n’est que médisance? Que la gestion des finances publiques n’est pas entourée de la plus grande opacité? Que les contrats de partage de la production minière sont transparents? Que la fondation de sociétés publiques de transport terrestre et aérien, au moment où, partout ailleurs, l’Etat se désengage de l’économie, n’est pas une occasion rêvée de jeter l’argent public par la fenêtre? Que la gabegie n’est plus autorisée qu’à certains, triés sur le volet?

Les lampions sont éteints, la fête est finie. Les grandes avenues redévoilent leur crasse et l’inachèvement de leurs travaux hâtifs. L’autocar, bondé, de la ligne 5 stoppe à un arrêt étrangement désert, malgré, ou, peut-être, à cause de la bonne demi-heure d’attente entre deux bus. C’est qu’à quinze mètres de là, trône le cadavre boursouflé d’un âne… Les passagers se bouchent les narines. «Il paraît que le kilo de sucre à 300UM, c’est pour la fin de l’année», se lamente une ménagère. «Et attendez », renchérit un autre, «vous n’avez pas vu le gasoil… » Mais «la politique de rigueur n’a-t-elle pas permis, en un court laps de temps…», et patati et patata? A grands pas, Ould Abdel Aziz, à grands pas, militaires toujours, tambours et trompettes, parfois… Nous avons applaudi quels lendemains?

Ahmed Ould Cheikh

mardi 23 novembre 2010

Editorial : Gommez, gommez, il en restera toujours quelque chose

Depuis que le pouvoir a décidé de célébrer, en grandes pompes, le cinquantenaire de l’accession de la Mauritanie à l’indépendance – il n’y a pourtant pas de quoi pavoiser, au vu du résultat – la TVM ne cesse de diffuser des spots annonciateurs de l’événement. Rien que du très grand classique mais là où il y a un hic, c’est que l’annonce se limite à deux présidents, feu Moktar Ould Daddah et Ould Abdel Aziz. Le début et la fin de la période. Le milieu, c’est à dire de 1978 à 2008, est complètement zappé. La Mauritanie serait morte, en 1978, pour ressusciter, le 6 août 2008. Ould Mohamed Saleck, Ould Louly, Ould Haidalla, Ould Taya, Ould Mohamed Vall, Sidioca, de qui parlez-vous là? Ont-ils jamais été présidents? De quel pays?

La plus grande falsification de l’histoire de la Mauritanie est en train de s’étaler, sous nos yeux médusés. Les médias officiels veulent gommer, d’un trait, trente ans de la vie d’un pays qui n’en a, pourtant, que cinquante. Il y a quelques années, au plus fort du régime de Maaouya, l’histoire contemporaine de la Mauritanie commençait le 12 décembre 1984, jour de son accession à l’indépendance et nul ne pouvait évoquer ou faire allusion, dans les médias publics, à ceux qui l’avaient précédé. Même le président-fondateur était devenu un sujet tabou.

Serions-nous en train de tomber dans les mêmes travers? Qui a théorisé ce petit jeu malsain? De deux choses l’une. Ou ce sont les responsables de la télévision qui agissent ainsi et, dans ce cas, ils doivent être sévèrement sanctionnés, nul n’ayant le droit de travestir notre histoire et de ne nous en montrer que ce qu’il veut. Ou cela a été décidé en haut lieu et l’on peut, du coup, entretenir quelques appréhensions sur la manière dont nous sommes dirigés. Comment peut-on en vouloir, à ce point, à des gens, qu’on cherche à les rayer, d’un trait, comme pour les effacer de notre mémoire collective? Qu’ont-ils fait de si mal pour qu’on les juge indignes d’être seulement cités comme ayant présidé aux destinées de ce pays, quelques années durant? Ould Taya a dirigé la Mauritanie pendant près de 21 ans. Ely Ould Mohamed Vall est le seul président à avoir remis pacifiquement le pouvoir à son successeur. Sidi Ould Cheikh Abdallahi fut le premier président démocratiquement élu et il a été renversé par un coup d’Etat. Ce sont là des vérités historiques indéniables et rien ne peut plus les effacer. Qu’on tente toutes les acrobaties qu’on veut et tous les montages possibles et imaginables. Les faits sont têtus et l’Histoire a démontré que la vérité d’aujourd’hui n’est pas, nécessairement, celle de demain.

Le 28 novembre 2007, la TVM, à qui il arrive, rarement il est vrai, de réaliser de bonnes choses, avait diffusé un documentaire retraçant les 47 ans de l’indépendance du pays. De feu Moktar à Sidioca, les présidents qui se sont succédé avaient eu, chacun, voix au chapitre. L’émission fut unanimement appréciée et «le ciel n’est pas tombé sur la terre». Il faut dire que Sidi était un civil élu et n’avait de comptes à régler avec personne. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Notre nouveau guide éclairé ne veut, surtout pas, entendre parler de Sidioca, d’Ely ou de Maaouya. Seul Haidalla entre, un peu, dans ses bonnes grâces. Il n’en sera pas, pour autant, réhabilité officiellement. La Mauritanie, c’était Moktar. Et maintenant c’est «lui». Les autres présidents peuvent aller se rhabiller. Ils n’ont pas leur place dans cette nouvelle Mauritanie. Et ils ont si peu d’atouts, pour rivaliser avec le président des pauvres, l’Astre du désert, le pourfendeur d’AQMI, le constructeur de routes, l’infatigable lutteur contre la prévarication, l’homme qui fait tout, veille sur tout et ne dort que d’un œil pour qu’on dorme des deux, sans rêve, groggy par tant d’effacements de notre mémoire…

Ahmed Ould Cheikh

mercredi 10 novembre 2010

Editorial : Continuez le jeu

Depuis quelques semaines, le pays vit au rythme des meetings dits de «sensibilisation», organisés par l’Union Pour la République (UPR, le nouveau parti/Etat), à Nouakchott et dans plusieurs localités du pays. Tantôt ce sont les dangers du terrorisme qui frappe notre pays et le rôle d’avant-garde de nos vaillantes-forces-armées-et-de-sécurité pour le combattre qui sont mises en relief, par les différents orateurs. Tantôt, c’est l’UFP, qui a osé critiquer cette «guerre par procuration», qui reçoit des volées de bois vert et se voit accusée de tout et, même, de marxisme-léninisme, entre autres coups sous la ceinture. Un militant, pris dans une envolée lyrique, ira jusqu’à proclamer, lors du meeting du Ksar, qu’il n’a jamais «vu, nulle part, une opposition servir à quelque chose». Ça ne s’invente pas et c’est surtout dans l’air du temps de faire feu de tout bois contre ceux qui ont l’outrecuidance de ne pas penser comme vous et de ne pas applaudir une guerre qui ne dit pas son nom. Il faut, certes, reconnaître que le parti d’Ould Maouloud n’a jamais été particulièrement tendre, vis-à-vis du pouvoir issu du coup d’Etat «rectificatif» du 6 août 2008. Que ce soit lors de la contestation anti-putsch, au Parlement, lors de la campagne électorale ou, tout dernièrement, lors du passage de témoin de la présidence de la COD à l’UNAD, la politique menée par le gouvernement a été vouée aux gémonies. Tout le monde a encore en mémoire les sorties, solidement argumentées, des députés de ce parti, notamment Mohamed El Moustapha Ould Bedreddine et Kadiata Diallo, démontant, point par point, les arguments des membres du gouvernement qui se présentaient devant l’Assemblée nationale. Cette haine, tenace, entre les deux camps explique pourquoi Ould Maouloud est, jusqu’à présent, le seul leader de l’opposition qui n’a jamais été reçu au Palais ocre. Et s’explique, aussi, quand on remonte à 2008, lors de la formation du premier gouvernement de Yahya Ould El Waghf, tandis qu’Ould Abdel Aziz embrigadait une cohorte de députés frondeurs, pour protester contre l’entrée de l’UFP et des islamistes de Tawassoul dans cet attelage. Après avoir brandi la menace d’une dissolution de l’Assemblée nationale, Sidioca finira par éjecter ces deux formations du gouvernement Waghf 2. Sous la pression de ses généraux. La spirale, qui conduira au putsch du 6 août 2008, est désormais enclenchée. Depuis, la guerre est ouverte entre ces anciens kadihines et les militaires ; elle ne connaîtra plus de répit. La campagne, menée, ces jours-ci, tambour battant, par l’UPR contre l’UFP, n’est qu’une de ses éruptions périodiques. D’autant plus chaudes qu’à 57 ans, Ould Maouloud constitue un adversaire à bien plus longue échéance qu’Ahmed Ould Daddah ou Messaoud Ould Boulkheir…

Cela dit, au lieu de se chamailler sur des considérations sémantiques – guerre ou pas guerre contre AQMI, Al Qaïda ou bande de trafiquants et criminels – la majorité et l’opposition devraient se retrouver autour d’une table, pour débattre de la situation du pays. A moins d’un an d’élections législatives et municipales, ne vaudrait-il pas mieux débattre des préparatifs du scrutin, du mode d’élection, du choix d’une CENI et autres détails du même genre, pour que la consultation soit entourée de toutes les garanties de transparence? Mais personne ne semble se soucier de ces considérations. Le pouvoir, pour fixer les règles à sa guise, et l’opposition, pour crier au loup. Le peuple, lui, restera le dindon de la farce et le spectateur d’un jeu qui le dépasse…

Ahmed Ould Cheikh

mercredi 3 novembre 2010

Editorial : On en rit encore

Le ministère de la Défense a organisé, la semaine dernière, un débat national sur le terrorisme et l’extrémisme. Des centaines de participants, venus d’horizons divers, ont planché sur ces deux phénomènes et ont tenté de leur trouver des explications. Avec des fortunes diverses. Si certains s’en sont plutôt bien sortis, d’autres ont passé le temps à parler pour ne rien dire. Mais ce qui a retenu le plus l’attention des hommes de médias que nous sommes, c’est la troisième journée consacrée, pêle-mêle, à comment traiter l’information, la responsabilité du journaliste, le nécessaire respect de l’éthique, lorsque la sécurité du pays est menacée. Des vestiges du journalisme, façon monolithisme et parti/Etat, se sont succédé, aux tribunes, pour fustiger l’attitude de certains médias qui ont refusé d’applaudir les opérations menées par l’armée au Mali. D’autres ont appelé au civisme et au patriotisme des journalistes. Certains n’ont pas hésité à appeler le gouvernement à mettre en branle l’arsenal juridique répressif, contre ceux qui «font l’apologie du terrorisme».

Sans verser dans une polémique stérile, il suffit, juste, de rappeler à ces messieurs, dont la plupart ne savent pas ce que liberté d’expression veut dire, que cette presse qu’ils visent, par des tournures alambiquées, sans citer de noms, a atteint un tel degré de maturité qu’il serait illusoire de vouloir lui donner des leçons de morale ou de patriotisme. La presse, comme les partis ou les organisations syndicales, est un acteur de la vie d’un pays et il faut la traiter comme tel. Elle restera sourde aux conseils ou aux injonctions, tant qu’elle ne sera pas considérée comme un partenaire à part entière.

Recevant, il y a quelques jours, une association de journalistes, Ould Abdel Aziz leur déclara, en substance, que l’argent que reçoivent les journaux privés, sous forme d’abonnements, «n’est ni un droit, ni un devoir de la part de l’Etat». Et ce que le Budget verse, annuellement, aux partis politiques, c’est quoi, président ? Comment peut-on prétendre «orienter» quelqu’un et éclairer sa lanterne, quand on a si peu de considération envers lui? Pourquoi parler aux médias, si l’on n’a aucun droit ni devoir, vis-à-vis d’eux?

Certes, de prétendus journaux et journalistes font honte à la profession. Ils l’ont salie, l’ont humiliée et ont nui à sa réputation mais le propre d’un gouvernement est de séparer le bon grain de l’ivraie. Le «bon» journaliste sait ce qu’il écrit et fait la distinction entre ce qui touche à la sécurité de son pays et ce qui n’arrange pas ses gouvernants. Le «bon» journaliste sait être critique, quand il le faut, et n’applaudit, jamais, sur commande. Il existe des laudateurs professionnels qui s’y emploient si bien. Le «bon» journaliste n’a pas besoin d’un forum, d’un débat national ou de conseils de l’armée, fussent-ils éclairés, pour bien faire son métier. Imaginez, un instant, qu’une association de journalistes se mette en tête d’organiser une rencontre, pour apprendre à l’armée comment faire la guerre, en se basant sur la célèbre maxime du président Clémenceau. De doctes penseurs viendraient nous dire que les excursions en territoire malien doivent être mieux préparées; que notre armée doit être aussi bien équipée que celle du Mali, qui dispose de chasseurs Mig et de chars Leclerc; que les chefs militaires, qui n’ont jamais fait la guerre, doivent entreprendre des (re)mises à niveau. Tout le monde rirait bien. Ce que nous avons tous fait, à l’écoute des interventions de la 3ème journée du débat, consacrée à la presse.

Ahmed Ould Cheikh




mardi 19 octobre 2010

Pas de chaîne: pas de maillon, donc…

Le message de l’absence, remarquée, de notre cousin du centre Maghreb, à la réunion de Bamako, organisée par le Groupe d’Action Contre le Terrorisme (GACT), est on ne peut plus clair: géniteur naturel d’AQMI, le pouvoir algérien entend bien, à défaut de reconnaître sa paternité, conserver la main sur les potentialités de son rejeton. C’est compréhensible, après tant d’efforts et de sang versé… Du coup, le président ATT pouvait rappeler, à la mi-octobre, lors de l’ouverture du Forum des Editeurs Africains, hébergé, lui aussi, dans la capitale malienne, que son pays était d’autant moins le maillon faible de la lutte anti-terroriste saharo-sahélienne qu’il n’y avait, même pas, de chaîne… Egratignant, au passage, la politique mauritanienne du «je frappe et je me tire» qui rend à chaque fois, le terrain à un adversaire «où ne se compte aucun malien», remarque sobrement le président de notre pays voisin et ami. Chacun suit sa petite politique, avec l’appui, en sous-main, voire en sous-sous-main, de telle ou telle grande puissance alléchée par la rentabilité, croissante en ces temps d’épuisement des ressources minières mondiales, de l’exploitation du sous-sol saharien… Beaucoup, beaucoup de dessous, donc, et pas forcément très propres, dans ces histoires de terrorisme dont l’islam fait les frais, via de pauvres hères à côté de leurs pompes, broyés par l’inculture de la mondialisation…

AOC

mercredi 13 octobre 2010

Réponse à l’ex-Dspcm : Mensonges, gâtisme et imprudence…

Le désormais ex-DSPCM vient, encore une fois, de se fendre d’un droit de réponse intitulé «A mon ami du Calame» (sic!) et, au lieu de nous l’adresser, l’a publié sur le site CRIDEM. Nous en prenons quand même acte. Comme il ne dispose plus, désormais, du site de la délégation pour régler ses comptes personnels et comme il s’est «civilisé», le voilà qui se lâche sur l’océan des médias. Nous lui souhaitons bon vent et vogue la galère! Mais attention aux courants! Ils ne sont pas toujours favorables. Et ce n’est pas parce qu’il n’est plus aux «affaires» qu’il doit s’attendre à plus d’indulgence de notre part. Nous n’avons pas ménagé le maître – Ould Abdel Aziz, en l’occurrence – je ne vois pas pourquoi nous devrions épargner son basset. A plus forte raison, si tout l’accuse.
Nous aurions préféré ne jamais en arriver là et l’on pensait que le «débat» allait être clos avec le départ du délégué. Mais l’ex-DSPCM est apparemment teigneux, pour ne pas dire maso, et veut continuer à goûter aux plumes du Calame. Qu’il soit content: nous ne serons pas les premiers à baisser les armes, même si écrire sur un sujet aussi peu ragoûtant nous pèse un peu. Mais bon, ce sont les aléas du métier…
Le menteur aime entretenir la confusion. C’est son gagne-pain, à lui. J’aurais donc, «harcelé» monsieur le délégué au téléphone. Je l’ai effectivement, appelé plusieurs fois. En 2009, contrairement à ce qu’il affirme: je le mets au défi de prouver que je l’eusse fait en juin dernier ou, même, une seule fois, au cours de toute l’année 2010. Et je n’ai téléphoné que pour une seule et excellente raison: la Délégation, institution publique abonnée à notre journal, tardait à honorer son dû. Chaque fois que je l’appelais, le délégué se plaignait, invariablement, que le Trésor public traînait, lui, à subventionner la Délégation. Information démentie, tout aussi invariablement, par une source interne à la DSPCM, qui m’a confirmé, à plusieurs reprises, que la situation financière de celle-ci n’avait jamais été aussi florissante mais que l’argent n’était géré que selon l’humeur, généralement mauvaise, et les intérêts dudit délégué, en Mauritanie… et ailleurs.
Cependant, un journal, monsieur l’ex-délégué, ne vit pas de subventions. Le respect des engagements de ses abonnés est une condition impérative de son bon fonctionnement. Je me suis donc déplacé chez vous, comme j’avais eu à le faire, déjà, par le passé, lorsque vous sollicitiez mes conseils et mes services – en communication ou dans le domaine des médias, je ne sais rien faire d’autre et m’applique, ne négligez pas cette information, à bien le faire. Vous m’avez, alors, répété la même rengaine – «Ah, le Trésor public, le Trésor public!» – sans aucune vergogne de vous faire prendre, les yeux dans les yeux, en flagrant délit de mensonge. Aussi ai-je décidé de ne plus jamais vous appeler – cela aussi, Chinguitel peut, évidemment, l’attester – tout en ordonnant, à mes services, d’arrêter la livraison du journal à la DSPCM et de fermer cette parenthèse. Qui n’aurait, d’ailleurs, jamais dû s’ouvrir.
Nous vous aurions traité de fou. Où avez-vous lu cela? «Gâteux», oui: ce n’était qu’énoncer, simplement, les choses comme elle sont. Mais le gâtisme, monsieur l’ex-délégué, c’est le privilège du retraité. Vous avez tout-à-fait le droit de l’étaler sur la place publique. Tout comme votre droit de réponse «tout-en-chiffres» que vous croyez – dur comme fer, apparemment – nous avoir demandé de publier. En rêve, monsieur le retraité, en rêve. On aurait bien aimé, pourtant, le recevoir, ce droit de réponse «tout-en-chiffres». Je n’aurais pas hésité, une seconde, à le publier, tout comme je n’ai pas hésité, lorsqu’un député s’est présenté pour publier un droit de réponse à votre «passage en chambre». Le Calame reste et restera, toujours incha Allahou, un lieu de débat et d’expression de toutes les idées. Il n’est pas dans nos habitudes de censurer, harceler, encore moins faire du chantage. Et si l’envie nous en prenait, nous prendrions grand soin de choisir nos cibles.
Un adage bien de chez nous dit, à juste titre, que l’hyène, pourtant un des animaux les plus niais dans l’imaginaire collectif mauritanien, a assez de discernement pour choisir l’arbre sur lequel il va frotter la partie de son corps que la décence m’empêche de nommer. Un peu de retenue, une bonne éducation, un milieu sain et une absence totale de complexes sont, le plus souvent, du meilleur effet et empêchent de tomber dans bien des travers. Mais évidemment, on ne peut pas tout avoir. Jouissez donc, sans trop faire de bruit, de votre retraite. Ce serait dommage qu’à défaut de plumes – on ne peut pas tout avoir, non plus – vous perdiez, à trop les exhiber, vos derniers poils et révéliez, bêtement, ce qui serait mieux, pour vous, de garder secret: Les inspections post-service de l’I.G.E., ça existe…

Ahmed Ould Cheikh

mercredi 6 octobre 2010

Au colon de la DSPCM: gare au surmenage!

Le site CRIDEM vient de nous informer que la Surveillance se démenait. Un grand S pour désigner la Direction de la Surveillance des Pêches et du Contrôle en Mer (DSPCM) que dirige l’inénarrable colonel Cheikh Ould Ahmed. Ce dernier s’est, en effet, fendu d’une «réponse», en forme de «non-réponse», à une série de trois articles publiés, dans nos colonnes – n° 746, 748 et 755 – par un parlementaire, au nom de l’Assemblée nationale que celui-ci estimait bafouée par un article dudit colonel sur le site de la DSPCM.

Certains s’inquiètent, en Mauritanie, de la qualité des processus de promotion dans l’armée. Le colonel Cheikh se sera, au moins, démené à leur donner raison. On est abasourdi, au Calame, de l’inanité de sa réaction, incapable d’opposer une argumentation ordonnée aux critiques, précises et chiffrées, portées à l’encontre de sa gestion. Inanité mais pas innocuité, puisque le sieur galonné s’est permis d’associer «Le Calame» – qui ne fait qu’accomplir son devoir d’information et d’organisation de débat – à ses insinuations reptiles envers l’honnêteté du parlementaire accusateur. Erreur, mon colonel. Vous parliez de ne plus laisser suffisamment de «plumes» à votre contradicteur au point qu’«il lui en restera, à peine, de quoi confectionner une moustache». Nous avons, nous, au Calame, suffisamment de plumes, trempées au vitriol, si besoin est, pour vous passer jusqu’à l’idée de nous attaquer aussi bassement.

Pour monsieur le délégué, l’analyse du député, sinon complète, du moins fort documentée de la situation, serait «cris de sevrage d’un bébé quinquagénaire», «privé d’un argent facile», suite à la «neutralisation de la corruption au sein de la DSPCM»… Cris «amplifiés par un petit comité composite de rédaction: journalistes, élus et anciens avocats, tonton macout [sic!], comptable renvoyé, etc.» Sinon à supputer un problème très personnel de sevrage – qui veut noyer son chien l’accuse de sa propre rage – on saisit mal le cheminement de pensée du pauvre colonel dont la hiérarchie devrait sérieusement étudier l’anticipation de la retraite – le gagatisme a, hélas, ses contraintes. On sait de quoi le malheureux souffre, depuis sa naissance. On espérait, cependant, qu’il garderait, au moins, assez de raisonnement pour répondre à peu près intelligemment à une critique ordonnée de ses velléités de protection de la ressource halieutique.

Sa défense aura tenu en quelques lignes: «Nul ne peut nier que des objectifs importants ont été atteints […]: restauration de l’autorité de l’Etat dans le secteur des pêches […], «presque» [sic!] protection de la zone interdite […], maîtrise de la migration illégale». Et cependant, «nul ne peut nier» que la richesse de notre littoral s’étiole, inexorablement. «Nul ne peut nier» la très grande baisse des captures de toutes les espèces, observée par tous les bateaux. «Nul ne peut nier» le très faible rendement, en particulier de la pêche de fond (poulpe et espèces valorisées). «Nul ne peut nier» la menace, exponentielle, sur la pérennité de l’activité de pêche, aussi bien artisanale qu’industrielle. «Nul ne peut nier» la faiblesse des exportations (1.000 tonnes par mois de poisson de fond, vers l’Union Européenne)…

Qui donc niera, à présent, la débilité de l’action du colonel Cheikh Ould Ahmed, à la tête de la DSPCM? Et nous ne parlons pas, pour l’instant, de ses probables manquements éthiques… En votre qualité militaire, vous savez, peut-être, ce que c’est, monsieur l’apprenti-pamphlétaire: il faut toujours se réserver, dans le combat, quelques grenades offensives… Mais vous vous démeniez, disiez-vous? Gare, à présent, au surmenage…

Les plumes du Calame