mercredi 16 septembre 2026

Editorial: Barbarie sans nom

 L’affaire a défrayé la chronique la semaine dernière et suscité, à juste titre, un concert de réprobations et de condamnations, toutes plus indignées les unes que les autres. Il s’agit du viol d’une petite fille de sept ans dans un quartier périphérique de la capitale. Une gamine innocente dont le chemin a croisé celui d’un prédateur n’ayant ni pitié ni compassion et qui a abusé d’elle de la façon la plus abjecte. Arrivée difficilement chez elle, baignant dans une mare de sang, elle a été conduite à l’hôpital où elle a subi deux lourdes opérations. Son pronostic vital n’est pas engagé, mais elle traînera, en plus de séquelles physiques irréversibles, un traumatisme psychologique qui la suivra pendant longtemps. Nulle ne sort jamais indemne de ce genre de barbarie sans nom

Faisant preuve d’une grande efficacité, la police n’a pas tardé à mettre la main sur le pédophile que la victime a reconnu sans grande difficulté. Mais la question qui se pose est quelle peine encourt-il. L’opinion publique est, depuis le début de cette affaire, vent debout pour demander les peines les plus sévères contre les auteurs de tels actes. Certains exigent même l’approbation de la loi Karama, bloquée au Parlement, contre les violences faites aux femmes. Au fait, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas modifier la loi pour y introduire la castration chimique et une longue peine de prison, comme l’ont déjà plusieurs pays à travers le Monde, pour faire passer à ses monstres l’envie de franchir des frontières que l’Islam, la société et la bienséance interdisent de franchir ?

Ahmed ould Cheikh

jeudi 10 septembre 2026

Editorial: Plus jamais ça!

Dans une analyse particulièrement fine des derniers incendies qui ont touché deux postes de transformation de la SOMELEC et plongé plusieurs communes de Nouakchott dans le noir pendant au moins cinq jours, le professeur Lô Gourmo revient en détail sur le rapport publié par l’ONG Transparence Inclusive à propos de ces incidents. Intitulé « Au delà des dysfonctionnements techniques, de graves soupçons de violation de la loi… », le post note que « si les faits pointés dans ce rapport étaient confirmés (et rien ne semble empêcher une telle confirmation), cela révèle des violations particulièrement graves de la législation en vigueur et des règles fondamentales de la commande publique. »

Premier fait troublant selon le professeur : “l’entreprise bénéficiaire des marchés pourrait être frappée par le régime de l’article 7 de la loi n° 038-2013 relative aux incompatibilités parlementaires qui  interdit notamment à un député d’être, directement ou par personne interposée, président, directeur ou gérant d’une société exécutant des travaux ou marchés publics financés par le Trésor”. Or le nom d’un député d’El Insaf, dont l’entreprise aurait gagné un marché relatif à la fourniture d’équipements pour les postes en question, revient avec insistance depuis le début de cette affaire. Plus grave encore, ajoute monsieur Lô, “le rapport met sérieusement en doute la réalité des références techniques ayant permis à ladite entreprise (CTM Bâtiment, celle du député visé) d’être déclarée éligible, à laquelle s’ajoutent des anomalies difficilement explicables : attribution d’un marché alors que quatre offres étaient financièrement inférieures, présence de concurrents disposant d’une expérience technique supérieure, annulation ultérieure d’une attribution pour défaut d’éligibilité, retard d’exécution atteignant jusqu’à cinq fois le délai annoncé sans sanction apparente, puis attribution de nouveaux marchés considérables à la même entreprise.”

La commission d’enquête, mise en place pour faire la lumière sur ces incidents, aura du pain sur la planche. Surtout que le rapport de l’ONG lui a été transmis par le Premier ministre. Une Première dans le pays. Ils ne pourront pas dire demain : «nous ne savions pas » ou « nous n’avons pas été informés ». La balle est désormais dans leurs camps et on attend avec impatience leurs conclusions pour que cela ne se reproduise plus jamais, demain.

                                                   Ahmed ould Cheikh 

vendredi 4 septembre 2026

Editorial: A quelque chose malheur est bon

 Évoquant la crise de l’électricité, consécutive à l’incendie de deux postes de transformation, qu’a connue Nouakchott au cours de la semaine passée, plongeant une grande partie de la ville dans le noir pendant près de quatre jours, le député Biram Dah Abeïd écrit, dans un long communiqué publié pour l’occasion : «  Cette crise est grave, mais elle peut être utile si elle nous oblige enfin à poser les vraies questions et à regarder le mur tout entier, pas seulement les fissures qu’on veut bien nous montrer. » Une formule qui résume bien la situation. Cette crise est en effet symptomatique de la gestion qui entoure un secteur aussi sensible que celui de l’électricité. Comment l’incendie de casiers (et seulement eux) dans un poste de transformation peut avoir des conséquences aussi dramatiques ? Et si le poste entier avait brûlé en entier, combien de temps nous aurait-il fallu pour rétablir le courant ? Un scénario que personne n’ose envisager. Avec tout l’argent injecté dans la modernisation de notre capitale nationale, pourquoi n’a-t-on pas prévu une issue de secours, au cas où un incident de ce genre interviendrait ?  Certes, les systèmes les plus fiables du Monde et dans les pays dits développés ne sont pas à l’abri de tels incidents, mais il y a toujours une solution de rechange. Et c’est là que la commission d’enquête doit axer ses recommandations, après avoir situé les responsabilités et établi un diagnostic sans complaisance de la situation, afin qu’à l’avenir, Nouakchott ne vive plus jamais un tel cauchemar dont les conséquences furent désastreuses pour l’économie, la santé et, surtout, l’image déjà écornée de la Somelec.

                                                 Ahmed ould Cheikh

mercredi 26 août 2026

Editorial: Jusqu'à quand?

 Les habitants de certains quartiers de Nouakchott, notamment Tevragh Zeïna et une partie de Sebkha, du Ksar et de Toujounine surtout (50 heures quasiment d’affilée relevées à 18h le dimanche ! ) ont vécu un week-end dont le moins qu’on puisse dire est qu’il fut catastrophique. Un poste de transformation de la SOMELEC ayant pris feu, après l’incendie d’un autre, deux jours auparavant à Dar Naïm, toutes ces zones se sont retrouvées dans le noir. Et avaient, du coup, rendez-vous avec l’obscurité, la chaleur et les moustiques. Pour des nantis peu habitués à ce genre de désagréments, ce fut la Totale. Mais comment en est-on arrivé là ? Comment une société peut laisser un poste de transformation s’embraser sans prendre en amont les mesures pour empêcher une telle calamité. Il n’y avait, semble-t-il, ni système anti-incendie, ni extincteurs, ni équipe de permanence, encore moins de voies d’accès pour permettre l’accès des pompiers qui ont dû casser un mur en urgence, pour accéder enfin au cœur du brasier. 

À présent que le mal est fait, que faut-il faire pour éviter qu’un tel désastre ne se reproduise ? Diligenter une enquête pour situer les responsabilités et, si, comme l’affirment certaines sources, du matériel non conforme a été utilisé lors de la construction du poste, frapper d’une main de fer tous ceux qui, le long de la chaîne, ont participé à ce bousillage. Tant que des mesures radicales ne sont pas prises contre les prévaricateurs, d’autres postes, des centrales et des usines n’ayant pas été construits selon les normes partiront à leur tour en fumée. Jusqu’à quand ? 

                                                                                Ahmed ould Cheikh

mercredi 19 août 2026

Editorial: Servir et non se servir

 Après la Cour des Comptes dont a été publié, l’année dernière, le rapport révélant d’innombrables dysfonctionnements et des cas avérés de mauvaise gestion et de malversations, c’est au tour de l’Inspection Générale d’État de jeter un énorme pavé dans la mare, en publiant à son tour son rapport pour les années 2024 et 2025.

Petit florilège de ce sport national qu’est devenu le détournement des deniers publics : l’IGE a mis au jour, lors de ses missions de contrôle, des irrégularités totalisant un impact financier supérieur à 2,37 milliards d’ouguiyas sur un montant total de 32,86 milliards d’ouguiyas ayant fait l’objet d’un audit. Le rapport a montré que les marchés publics constituaient le domaine le plus exposé aux irrégularités ayant des retombées pécuniaires, représentant 60 % de cet effet. Sur le plan judiciaire, l’impact financier des dossiers transmis aux instances judiciaires compétentes s’est élevé à 1,21 milliard d’ouguiyas ; l’Inspection générale a transmis deux de ceux-là à la Cour des comptes et deux autres au Parquet. Des mesures administratives et disciplinaires ont également été prises à l’encontre de fonctionnaires de différents échelons hiérarchiques, notamment le licenciement de vingt agents, ainsi que la mutation d’office et l’émission de onze avertissements. Excusez du peu ! Et ce ne sont pas tous les ministères et les établissements publics qui ont reçu la visite des limiers de l’IGE : la note allait sans doute être plus salée… Certes, le volume des montants détournés a subi une nette baisse, comparé aux décennies passées, mais beaucoup reste à faire pour faire comprendre à tous les fonctionnaires que servir n’est pas synonyme de se servir.

                                                                          Ahmed ould Cheikh

jeudi 30 juillet 2026

Editorial: Cartes sur table

 Pour la seconde fois depuis son accession à la magistrature suprême, le président Ghazouani s’est livré au jeu des questions-réponses avec la presse. La première fois, c’était en 2020, mais c’était, à l’époque, juste six journalistes triés sur le volet et représentant les organes de presse les plus crédibles. Cette fois la cellule de communication de la Présidence n’a voulu laisser personne sur le carreau : les journalistes et ceux qui se prétendent tels, les blogueurs, tous ont eu droit au chapitre. Si bien que la salle a refusé du monde. Et au moment où les questions ont commencé à être posées, ce fut le branle-bas de combat, chacun voulant ravir la vedette aux autres. Finalement, faute de temps, les questions se limiteront à quatorze, le Président n’ayant pas été bref dans certaines réponses. Au contraire, il a été même très long sur certains aspects comme la gabegie, le passif humanitaire, le champ gazier Grand tortue/Ahmeyim… survolant d’autres, comme la question du dialogue et des mandats où il n’a pas été catégorique, se contentant de dire qu’il respecterait la volonté du peuple. 

Comme à son habitude, Mohamed ould Ghazouani est resté calme tout au long de l’exercice et a essayé de donner les réponses les plus détaillées possible à ses interlocuteurs. Parfois même un peu trop. Certes, des questions touchant la vie quotidienne du citoyen, comme la cherté du coût de la vie, ne lui ont pas été posées. Elles sont pourtant plus importantes que tout le reste. Mais est-ce sa faute si les interlocuteurs (choisis au hasard ?????) n’ont pas été à la hauteur des espoirs du peuple ?

 

                                                                                                  Ahmed ould Cheikh

Editorial: Chat échaudé....

 « Le Président a enfin consenti à organiser un dialogue politique, poussé par un contexte régional marqué par l’insécurité et malgré la question du troisième mandat qui revient en filigrane ». Cette phrase n’est pas de moi et n’évoque pas plus la Mauritanie. C’est Radio France Internationale qui interpelle ainsi, dans son journal « Afrique », la problématique de cet évènement national en préparation… en RDC. Toute ressemblance avec notre situation est évidement fortuite et honni soit qui mal y pense. L’insécurité n’est certes pas loin de nos frontières à l’Est et s’en rapproche même parfois dangereusement, avec la guerre désormais ouverte entre l’armée malienne épaulée par les russes de l’Africa corps, les combattants islamistes du JNIM et ceux du Front de libération de l’Azawad (FLA) qui ne se font plus de cadeaux. 

Et le troisième mandat dans tout ça ? Notre Président n’y pense nullement le matin en se rasant. Il l’a dit à certains opposants, mais ceux-ci, apparemment, n’y croient pas trop. Dans la phase préparatoire du dialogue, ils exigent toujours qu’il ne soit nullement fait mention des mandats. Et ils ont eu gain de cause… du moins jusqu’à présent. Le guide de référence dudit congrès a en effet été signé par les parties prenantes la semaine dernière et il ne reste plus que son lancement dont on dit qu’il sera donné par le président de la République lui-même, pour donner un cachet officiel à l’évènement. La balle est donc partie ? Rien n’est moins sûr : par le passé, au moins deux dialogues ont atteint un stade avancé… avant de finir en queue de poisson. L’opposition est avertie et chat échaudé craint bel et bien l’eau froide.

                                                   Ahmed ould Cheikh

jeudi 16 juillet 2026

Editorial: Quelle formule?

 Le président de la République organisera, « dans les tout prochains jours » nous a-t-on dit, une conférence de presse au cours de laquelle il répondra aux questions des journalistes de la presse nationale. On ne sait toujours pas si elle sera ouverte à tous ou à des représentants de media triés sur le volet, comme lors des deux dernières fois où il s’est prêté à ce jeu. En 2020, moins d’un an après son élection, il avait reçu cinq journalistes parmi les plus représentatifs du secteur et répondu librement à leurs questions, dans un climat détendu. L’entretien n’avait toutefois pas été diffusé en direct à la télévision nationale. Il le fut 24 heures après, sans retouche.

En 2023, nouvelle formule innovante. Cinq journalistes sont invités au Palais pour une séance-photo, mais priés de remettre leurs questions par écrit et ont reçu leurs réponses quelques jours plus tard. Quelle formule sera privilégiée cette fois et sur quels critères seront choisis les heureux élus ? Va-t-on sacrifier à la mode, en choisissant des journalistes et des bloggeurs en même temps ? En attendant une conférence organisée tous les trois ans, si l’on s’en tient à cette programmation, pourquoi le Président n’accorde-t-il pas des interviews à des journaux nationaux comme il le fait, de temps à autre, avec la presse étrangère ?

Après tout, il s’adresse à l’opinion nationale à qui il doit des comptes. En termes d’impact, que vaut une interview dans « Le Figaro » que liront des centaines de français ? il est plus que temps de se départir de cette mentalité. Une conférence de presse diffusée à la radio et à la télévision touchera plus de foyers que tout le reste et aura un impact certain… à condition que les bonnes questions soient posées et les réponses données sans langue de bois.

                                           Ahmed ould Cheikh

mercredi 8 juillet 2026

Editorial: La charrue avant les boeufs

 Comme l’année dernière et dans le souci de promouvoir le tourisme intérieur, évitant ainsi des saignées de devises préjudiciables à l’économie, le gouvernement a vivement conseillé aux fonctionnaires d’éviter autant que faire se peut de passer leurs vacances à l’étranger. Un conseil qui sonne comme une mise en garde qui ne dit pas son nom. Il n’est en effet pas normal que dans un État aussi pauvre que le nôtre où les disparités sociales sont flagrantes, des centaines de familles, pour ne pas dire des milliers, s’entassent dans les avions dès le début des grandes vacances pour aller écumer les plages des Canaries, les quartiers cossus de Casablanca, Dubaï ou Istanbul, dépensant sans compter et, le plus souvent, l’argent du contribuable détourné d’une façon ou d’une autre. La mesure, qui a suscité des grincements de la part de certains habitués à se prélasser et à prendre du bon temps ailleurs, a été particulièrement bien accueillie à l’intérieur du pays où les auberges, les hôtels et les maisons d’hôtes avaient, l’été dernier, affiché complet dans plusieurs localités touristiques et l’activité économique enregistré un net regain. Ce qui constitue, in fine, l’objectif de la mesure, mais, pour qu’elle soit de plein effet, il lui faut un terrain propice. Les villes de l’intérieur manquent encore d’électricité (les délestages y sont monnaie courante) et d’eau. La connexion Internet y est très faible et les structures de santé n’offrent, parfois, même pas le minimum vital. Encourager le tourisme est une bonne chose, mais éviter de mettre la charrue avant les bœufs est encore meilleur.

                                                        Ahmed ould Cheikh

jeudi 2 juillet 2026

Editorial: Entre le tout haut et le tout bas, quel dialogue ?

 Le dialogue politique tant attendu et pour lequel tout un chacun fourbit ses armes verra-t-il un jour le jour ? Sera-t-il enfin organisé pour qu’on puisse mettre à plat tant de problèmes auxquels on n’arrive toujours pas à trouver de solutions et qui sont pourtant loin d’être insolubles ? Sera-t-il cette panacée tant attendue, ce sésame qui ouvrira la voie à des lendemains qui chantent ? La majorité n’est pas loin de le penser, du moins dans ses déclarations officielles. Elle le répète même à l’envi, mais, entre ce qu’on dit tout haut et ce qu’on pense tout bas, il y a parfois un énorme fossé. Creusé à dessein. Sinon, comment expliquer que depuis le début du processus, elle s’entête à vouloir insérer un point sur lequel l’opposition n’acceptera jamais de transiger : celui des mandats ? Sentant le danger de voir prendre l’eau tout l’échafaudage savamment construit par le coordinateur national du dialogue avec beaucoup de patience et de modération, elle a reculé d’un pas et accepté de transiger sur l’objet de la discorde. Mais elle ne baisse pas pour autant les bras, malgré la déclaration du président de la République aux pôles de l’opposition qu’il n’est pas intéressé par un troisième mandat… mais, nuance, que chacun est libre de choisir les thèmes qui seront débattus au cours du dialogue. Comprenne qui pourra ! Espérons qu’avec le temps, on finira par saisir le fond de sa pensée. Nous avons encore trois ans. Sera-ce suffisant ? Rien n’est moins sûr.

                                                Ahmed ould Cheikh

vendredi 26 juin 2026

Editorial: Mieux vaut prévenir.....

 Le rapport d’analyse de la situation des enfants et des adolescents en Mauritanie publié la semaine dernière par l’UNICEF met en lumière une crise profonde de la situation de l’enfance dans notre pays. Ainsi, tenez-vous bien, 95 % des enfants de 10 ans ne savent ni lire ni comprendre un texte simple. Si près de 96,9 % des enfants sont officiellement scolarisés, seuls 64,3 % le sont réellement de manière régulière. Moins de 1 % des enseignants disposent des compétences requises et les établissements manquent cruellement de manuels scolaires et de ressources pédagogiques. La malnutrition aiguë touche 13,5 % d’entre eux, tandis que 77 % souffrent d’anémie. Plus de 41 % d’entre eux ne sont pas enregistrés à l’état-civil, compromettant leur accès aux droits fondamentaux.  

Si les chiffres sont réels, on peut dire, sans risque de se tromper, qu’il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme. S’ils sont faux ou n’ont pas été traités avec le recul nécessaire, il y a de quoi décréter tout le personnel de cette organisation onusienne persona non grata. L’Algérie l’a déjà fait pour moins que ça. Faut-il s’en inquiéter pour autant ? Absolument, quand on voit tous les efforts menés par les pouvoirs publics au profit de l’école, ces dernières années, et les immenses moyens qui y ont été injectés. Les plus optimistes vous diront qu’il faut attendre quelques années pour récolter ce qu’on a semé aujourd’hui. Certes, mais il y a urgence. L’échec scolaire, les frustrations et les inégalités sont une bombe à retardement et, comme dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.

                                                 Ahmed ould Cheikh

Editorial: Une requête loin d'être anodine

 Va-t-il enfin avoir lieu ce dialogue national inclusif tant attendu ? Après la remise des documents où tout un chacun a fait ses propositions pour un dialogue serein, des dizaines de réunions entre son coordinateur et les différents représentants des pôles politiques de l’opposition, de la majorité et de ceux qui ne sont ni-ni, et les audiences accordées par le président de la République aux partis de l’opposition pour tenter de calmer le jeu et rassurer sur ses bonnes intentions, force est de constater que le train est toujours en gare. Pourquoi selon vous ? Pour un point de détail, selon la majorité, mais un problème insurmontable, selon l’autre camp : la question des mandats présidentiels que les soutiens du Président veulent coûte que coûte inscrire à l’agenda des assises. En principe verrouillé par la Constitution qui limite le nombre de mandats à deux, sans possibilité d’y changer quoi que ce soit, cette disposition n’est pas sacrée pour autant, selon ceux qui avaient poussé Ould Abdel Aziz à la fin de son deuxième mandat à sauter le pas. Il n’en était pas loin… avant se rétracter à la dernière minute, pour des raisons que personne n’est parvenu à expliquer jusqu’à présent. Ils sont en train de répéter le même scénario avec son successeur. Auront-ils plus de chance cette fois ? Une présidente d’un parti de la majorité a d’ailleurs déjà mis les pieds dans le plat en demandant ouvertement un troisième mandat pour le Président. Sa sortie n’a suscité, pour le moment, que des moqueries sur les réseaux sociaux. Aucun poids lourd de la majorité ne lui a encore emboîté le pas. Une requête pourtant loin d’être innocente. Wait and see…

                                        Ahmed ould Cheikh

mercredi 10 juin 2026

Editorial: Débat hors du commun

 Habitué à utiliser les réseaux sociaux, notamment Facebook, pour y exposer, contrairement à ses prédécesseurs, sa vision et son programme, le Premier ministre Mokhtar ould Djay vient de jeter un énorme pavé dans la mare. Dans un long post sur la subvention des hydrocarbures et intitulé « quelle option est la plus efficace, avantageuse et équitable pour les citoyens à faibles revenus ? », il expose deux points de vue, a priori antinomiques, sur la politique de l’État en la matière, laissant au lecteur le choix de voir par lui-même quelle est la plus judicieuse : faut-il maintenir les prix des carburants (liquides et gaz) à leurs niveaux d'avant-guerre (d’Iran), ce qui aurait coûté 50 milliards d’ouguiyas au Trésor public (pour la seule période Mars-Avril-Mai), cette mesure se faisant évidemment au détriment des programmes sociaux et de développement prévus qui seraient alors gelés ? Ou bien, l'État peut-il prendre en charge une partie de la différence de prix pour tous (35 milliards d’ouguiyas sur la même période), le consommateur supportant le reste (15 milliards d’ouguiyas), ce qui permettrait d'éviter de supprimer 15 milliards d’ouguiyas des programmes sociaux et de développement et d'apporter un soutien ciblé de plus de 18 milliards d’ouguiyas spécifiquement destiné aux citoyens à faibles revenus ? 

Le post a suscité un très grand débat sur la Toile entre les pour et les contre. Chacun y est allé de son analyse. Des politiques, un ancien ministre (et pas n’importe lequel, celui de l’économie), des bloggeurs, de simples citoyens, tous y ont mis leur grain de sel. Ce qui a au moins le mérite de poser les jalons d’un débat plus ou moins franc sur un sujet sensible qui touche à la vie de tous les jours. À défaut d’un dialogue national sur lequel s’étripent encore les acteurs politiques, reconnaissons au moins au PM le courage d’exposer ses idées et de les défendre becs et ongles. On ne peut ne pas être d’accord avec lui, certes, mais le fait est assez rare pour être signalé.

                                            Ahmed ould Cheikh

vendredi 5 juin 2026

Editorial: Vache-à-lait

 Ils ont sans doute eu le tournis à l’occasion de la fête d’El Adha. Ils, ce sont les pauvres de famille. Confrontés à la montée vertigineuse des prix du gaz, des hydrocarbures, du transport et des denrées alimentaires, pour ne citer que ceux-là, les voilà obligés de payer le prix fort pour acquérir un bélier et se conformer ainsi à la Sunna du prophète (PSL). Les moutons se monnayaient, en effet, cette année autour de 100.000 MRO, un seuil jamais atteint auparavant. Vous imaginez le casse-tête chinois auquel sont confrontés les hommes qui doivent, en même temps, habiller les enfants et satisfaire les caprices de leur deuxième moitié. Si, en plus, les salaires ne sont pas alignés sur le niveau de vie et n’augmentent qu’au compte-gouttes, le mal de tête est garanti. Comment peut-on dans ces conditions demander à un salarié d’être désintéressé et productif ? D’être à l’écoute des usagers et de s’approcher des citoyens ? Quand on n’a pas de quoi assurer le repas du jour, de soigner un malade ou de faire face à la moindre obligation sociale, il est utopique de demander des résultats à un fonctionnaire, quel que soit son niveau de responsabilité, ou de remplir une mission quelle qu’elle soit. Il pensera d’abord à grignoter de petites marges par-ci et par-là pour arrondir ses fins de mois. Et comme l’appétit vient en mangeant, plus il monte en grade, plus les besoins s’amplifient et plus les marges augmentent jusqu’à devenir un fossé qui engloutit tout sur son passage. L’Etat n’est plus alors qu’une vache-à-lait que chacun traie de son côté. Et ce depuis que les militaires venus sauver le pays l’ont entrainé dans une spirale infernale. Heureusement que la Mauritanie n’est pas une boutique. Elle aurait mis la clé sous la porte depuis bien longtemps…

                                             Ahmed ould Cheikh

jeudi 21 mai 2026

Editorial: Tournevis: pourquoi et qui le tient?

 La Mauritanie serait-elle en train de reculer en matière de liberté de presse, d’expression et d’association, après avoir effectué de grands pas dans ces domaines au cours des dernières décennies ? Parti de zéro en 1991 avec l’avènement de la démocratie, notre pays caracole en tête des pays arabes pour ce qui est de la liberté de presse depuis plusieurs années,si l’on en croit le classement annuel établi chaque année par Reporters sans frontières. Mais il a fait un bond en arrière de vingt-sept places au cours des deux dernières années dans le classement général, du fait de plusieurs facteurs qu’il serait fastidieux de citer un-à-un. 

Pour ce qui est des autres libertés, le bilan n’est guère plus reluisant. Deux députées et des militants des droits de l’Homme sont embastillés pour avoir tenu des propos jugés attentatoires à des symboles qu’une loi controversée protège. Des partis politiques, qui ont rempli toutes les conditions prévues par les textes, attendent toujours le précieux sésame délivré par le ministère de l’Intérieur pour pouvoir exercer leurs activités en toute légalité. Au moment où d’autres, de fondation récente, ont été autorisés comme par miracle et ont obtenu leur récépissé de reconnaissance. 

Que faut-il voir derrière ce tour de vis ? Une volonté politique délibérée de restreindre les libertés ? Une victoire pour les faucons du régime pour qui la pacification de la scène politique est un danger et une escalade… autant de raisons pour rester indispensables ? Quoiqu’il en soit, il y a en tout cas urgence à revenir à la normalité. Le pays a trop de soucis avec la crise mondiale qui le frappe de plein fouet et un environnement difficile pour faire l’économie d’une réconciliation nationale bénéfique à plus d’un titre.

                                                       Ahmed ould Cheikh

mardi 19 mai 2026

Editorial: Balle au centre!

 Ould Abdel Aziz est enfin sorti de sa réserve. Condamné à 15 ans de prison et à la confiscation de tous ses biens, l’ancien Président, qui n’était pas particulièrement volubile lors des différentes péripéties de son interminable procès, vient d’adresser une lettre à son successeur et ancien alter ego. C’est lorsqu’il a senti que les choses sérieuses allaient commencer et que la vente aux enchères publiques de son immense patrimoine n’était plus qu’une question de jours, qu’il s’est emparé de sa plume. Dans une tentative ultime de sauver les meubles, même s’il sait que la balle est déjà partie et que le Président ne peut lui être d’aucun secours.

Il s’essaie pourtant à un exercice délicat de plaidoyer pro domo. Petit florilège de sa lettre : « Ghazouani connait l’origine de ma fortune […] La confiscation de mes biens est illégale, puisque j’ai été victime d’une farce judiciaire […] Les tribunaux m’ont acquitté des accusations de détournement, trafic d’influence et abus de biens publics ». Avant de décrocher des flèches incendiaires : « En 7 ans, aucune procédure n’a abouti contre les vrais responsables du pillage, malgré un rapport de la Cour des comptes faisant état de 450 milliards d’ouguiyas détournés ». Et de conclure : « cette opération ne vise qu’un seul objectif : me détruire politiquement ».

Cette lettre, qui fait le buzz sur la Toile depuis sa publication, aura-t-elle un effet ? Ou n’est-elle que le cri du cœur d’un homme qui n’a plus d’autre choix que de prendre l’opinion publique à témoin ? Mais la médaille a son revers. La publication, presqu’instantanément sur les réseaux sociaux, de la liste (interminable) des biens de l’ancien Président, a en même temps donné, à cette opinion publique, une idée de l’étendue de la prédation durant la décennie. Un partout, balle au centre !

 

                                                           Ahmed ould Cheikh

jeudi 7 mai 2026

EDitorial: Il y a urgence, monsieur le Président!

 Le rapport de Reporters sans frontières publié jeudi dernier a révélé une baisse de l’indice de la liberté de la presse en Mauritanie, désormais à la 61ème place mondiale, soit un recul de onze places par rapport à l’année dernière. L’organisation a déclaré que le recul de la Mauritanie était dû à des facteurs économiques et à la fragilité du secteur des media, ainsi qu’au retard pris dans la mise en œuvre de réformes qu’elle a qualifiées d’indispensables pour protéger les journalistes et soutenir les institutions médiatiques.

C’est la première fois depuis de longues années que notre pays régresse aussi spectaculairement dans le classement annuel de RSF. Et ce n’est pas un hasard. La presse fait face à d’innombrables difficultés et les journalistes – ou ceux qui prétendent tels… – ont toutes les peines du monde à exercer leur métier en toute liberté, faute de moyens. Malgré le doublement de son budget annuel, le Fonds d’aide à la presse reste incapable de garantir la pérennité des media, écrit RSF. Ce qui fait, que malgré la dépénalisation des délits de presse en 2011, les journalistes peuvent travailler dans un environnement moins répressif, mais vivent dans une grande précarité. Pourtant le président Ghazouani ne manque pas une occasion de déclarer, comme il l’a fait cette année encore, que la Mauritanie reste attachée au soutien d’une presse « professionnelle et responsable », accomplissant sa mission en toute liberté et transparence, dans le respect de la déontologie. Belle profession de foi, mais qui demande à être traduite dans les faits. Il y a urgence, monsieur le Président ! La presse se meurt et seule une volonté politique réelle peut la sortir de l’ornière. Si ce n’est pas trop tard.

                                                   Ahmed ould Cheikh

vendredi 1 mai 2026

Editorial: Un président ne devrait pas croire ça

 Il y a quelques années, au plus fort de la campagne pour la science et le savoir, à laquelle il croyait sincèrement, le président Maaouya ould Taya (1984-2005) fut le témoin, malgré lui, de bien des farces de mauvais goût. On lui a fait avaler tellement de couleuvres qu’il finit par se figurer que sa campagne avait porté ses fruits. Un jour, lors d’une de ses visites à l’intérieur du pays, on lui installa une dizaine d’ordinateurs sous une tente dans un bled sans électricité ni connexion ; une autre fois, on lui présenta toute une sélection de fruits prétendument cultivés dans un hameau où les populations ne buvaient même pas à leur soif ; persuadé qu’Internet était présent partout, comme on le lui avait affirmé, il suggéra à un paysan du Guidimakha, qui lui présentait sa moisson de riz, de la mettre sur le Net. Et le cultivateur de répondre innocemment: «Internet mange du riz ? ». On pourrait multiplier les exemples à l’infini… S’achemine-t-on aujourd’hui vers le même scénario ?

Quand le président du patronat avance, dans une conférence de presse, des chiffres totalement fantaisistes sur les prix des denrées alimentaires et des légumes, on se demande bien de quel pays il parle. Au moment où les citoyens ploient sous l’effet conjugué de la cherté de la vie et de la cupidité des commerçants, cette sortie a suscité un vaste élan de moqueries sur la Toile. Quand des ministres ou des hauts responsables répètent à l’envi que tout va comme dans le meilleur des mondes, que nos routes sont dans un bon état, que les appels d’offres sont dépouillés en toute transparence, que les recrutements et les nominations ne se font pas à la tête du client, le président a non seulement le droit, mais aussi le devoir, de douter. En 2016, Gérard Davet et Fabrice Lhomme avaient écrit, à propos de François Hollande, un ouvrage intitulé « Un président ne devrait pas dire ça ». Le nôtre ne devrait pas croire ça non plus.

                                   Ahmed ould Cheikh

Editorial: casse-tête chinois

 Informé par la maitresse de maison que la bonbonne de gaz de 12 kg avait rendu l’âme, Mohamed (appelons-le ainsi, comme le commun des mortels) la traîna vers la boutique du coin où l’épicier avait déjà accepté, conformément au principe de bon voisinage, de lui « ouvrir un carnet » (c’est ainsi qu’on appelle le cahier nominatif où sont consignées les dettes de tout un chacun). Il la lui échangea contre une autre à moitié pleine ou à moitié vide, c’est selon, mais, lorsqu’il nota le prix dans le carnet, Mohamed, qui revenait d’un déplacement professionnel en plein désert et avait, du coup, raté pas de mauvaises nouvelles pour le panier de la ménagère, écarquilla les yeux. 

Il a bien vu 5000 au lieu des 3000 habituels, se demandant s’il n’avait pas la berlue. Apparemment très au fait, lui, de l’actualité, l’épicier lui remit les pieds sur terre : « Depuis que l’Amérique et l’ennemi sioniste ont attaqué l’Iran, tous les prix sont partis en flèche : le gaz, la gasoil, l’essence et même la viande qui n’a rien à voir avec le Détroit d’Ormuz sont devenus inabordables ». Mohamed mit la bouteille sur son épaule et, pensif, reprit le chemin de la maison.  Que faire face à tous ces prix qui s’envolent ? Comment joindre les deux bouts avec son maigre salaire ? Que faire devant toutes les charges qui s’accumulent ? Après tout, se dit-il, Allah est grand et tout a une fin. 

Vivre en Mauritanie, par les temps qui courent, est devenu un véritable casse-tête chinois aussi bien pour Mohmed que pour l’écrasante majorité de ses concitoyens. Pourtant nous avons tout ce qu’il faut pour ne pas nous plaindre, mais il y a un hic et, malheureusement, personne n’a encore réussi à mettre le doigt sur la plaie…

                                                    Ahmed ould Cheikh

Editorial: Troisième mandat, encore et toujours ?

 Dialogue, dialogue…On pensait, avec les préparatifs qui allaient bon train, que tout était bouclé. Que chacun, aussi bien de la majorité que de l’opposition sous toutes ses formes, avait fait ses propositions. Que la feuille de route était prête et que le président de la République avait donné sa bénédiction à son démarrage et promis que toutes ses résolutions seraient mises en application, sans hésitation ni murmure. Mais patatras ! Dès le premier jour, tout s’effondre comme un château de cartes. L’opposition crie au coup fourré, la majorité ayant introduit parmi les thèmes à aborder les mandats présidentiels. Un sacrilège pour la Constitution qui a verrouillé cet aspect. La réunion est reportée devant la levée de boucliers qu’a suscitée ce point.

La majorité demande un délai de 24 heures pour se concerter. C’était il y a une semaine. Depuis, le dialogue est au point mort. Malgré la déclaration du Président, confirmée par le coordinateur du dialogue, qu’il n’est pas candidat à un troisième mandat mais… – puisqu’il y a un mais – que chacun est libre de proposer le thème qu’il veut lors des assises, y compris les mandats. Comprenne qui pourra ! Toujours pas rassurée, l’opposition hésite encore à s’engager dans un processus dont les résultats l’engagent et sur lequel elle n’aura pas de prise. A moins qu’elle ne se décide à se retirer au milieu du gué. Encore faut-il qu’elle continue à parler d’une même voix. Guy Mollet avait dit un jour que la France avait la droite la plus bête du monde. Serions-nous tentés de la paraphraser pour notre opposition ? Réponse dans quelques jours…. incha Allah.

                                                   Ahmed ould Cheikh